lundi 13 septembre 2010

Jésus, les traders et les pauvres

19 septembre 2010,
25ème dimanche du temps de l'Église C

Jésus, les traders et les pauvres

Références
  • Am 8, 4-7
  • Ps 112
  • Tim 2, 1-8
  • Lc 16, 1-13


Amos (en hébreu : " celui qui est chargé d'un fardeau ") était un « travailleur manuel», un bûcheron de sycomore. Il n'appartenait ni à la caste sacerdotale ni à la bonne société. Au 8ème  siècle avant notre ère, sous le long et brillant règne de Jéroboam II - roi d'Israël de -788 à -747, soit 59 ans (aussi long que celui de Louis XIV, qui régna 72 ans dont 54 ans de pouvoir personnel ) -, notre OS de la taille s'attaqua avec une violence extraordinaire au double establishment de la société de la religion, corrompues l’une et l’autre par le luxe et la luxure, alors que les pauvres et les « ouvriers » mouraient littéralement de faim. Amos « rugit » toujours dans nos villes etdans nos campagnes ! Jéroboam avait  fait de son territoire un État moderne : le commerce y prenait son essor, et le bling bling s’étalait dans la capitale et chez les gens en place.
Ce n’est pas la  modernité en soi que dénonçait jadis et que dénoncerait aujourd’hui Amos, mais l’injustice au prix de laquelle on la paie. Les pauvres dont il parle ne sont pas encore les sous-prolétaires du pays, le « Lumpen proletariat » de Marx : ceux-là, il n’ose même pas les évoquer. Il s’agit des petits agriculteurs, pressurés par l’avidité des nouveaux grands consortiums et les propriétaires terriens pour qui un $ est un $ ! Comme c’est toujours le cas ancore au Brésil, dans les latifundios sous la surveillance des pistoleros. Et si ces petits paysans s’avèrent insolvables, tant mieux ! Ces nouveaux riches feront d’eux des esclaves pour le prix d’une paire de « Nike ». Et si c’est  plus rentable, eh bien on délocalisera ! Conclusion d’Amos, pour hier comme pour aujourd’hui : Non, le Seigneur, « Fierté d'Israël » que les exploiteurs déshonorent, ne peut accepter une société fondée sur l'injustice.




C’est pour cela, que Dieu l’envoie toujours « rugir » en son nom (Amos 1, 2 ; 3, 3-6) !

*   *
*

De son côté, que précise Paul à Timothée, son 1er  « évêque » -avant le nom -, au cœur de l’empire romain à la fin du 1er  siècle de notre ère ?
L’Église naissante doit certes user de prières de toutes sortes (demande, intercession, action de grâce) pour tous les hommes, et mentionner plus précisément « les rois » et autres gouvernants, afin qu’ils garantissent ce que la société d’alors attendait d’eux : la sécurité, la respect des lois et celui de la personne de chacun.
Mais la vraie prière, elle se fonde sur la chaîne de l’histoire de la foi, dans une vérité toute neuve :
1) Dieu est unique, donc seul Sauveur de tous les hommes.
2) Son médiateur, le Christ, s’est lui-même livré par ordre « pour tous les hommes »,
3) et ce message de salut universel a été confié à l’Apôtre (et à Timothée) pour que tous les peuples en prennent connaissance.
c) Et l’auteur de poursuivre : « Je voudrais donc qu’en tout lieu » retentisse cette prière universelle, « sans colère ni contestation ».
L’Instructeur Paul sait que, dans les Églises dont il a la charge, certains membres ne sont pas prêts à prier pour tous les acteurs de la société, ni pour des gouvernants hostiles à la foi. Mais les chrétiens nbe peuvent que partager les destinées de la société, telle qu’elle est et non telle qu’ils la rêvent. S’ils veulent qu’elle change, qu’on en appelle d’abord à la force de Dieu – la grâce -, et non à la rancoeur ou à l’amertume de la vengeance et de haine. Ce genre de prière constitue un bel exercice de discernement spirituel : nous ne savons plus le pratiquer ! De la religion, notre société n’a retenu que les fêtes chômées, instrumentalisées en festivals commerciaux !





GB : IL FAUDRA PAYER POUR VOIR LE PAPE


Nous apprenons même – horresco referens -, que les messes de l’imma/inent voyage du Pape en UK 16 au 19 septembre seront payantes : entre 12 et 30 euros !

*   *
*
Sur sa route vers Jérusalem - et ce qui l’attend ! -, Jésus n’a de cesse que de révéler les exigences de la vie chrétienne. « Welcome to the club ! ». Après les paraboles du grand cœur (24e dimanche), voici celle du Gérant « bluffeur », suivie de quelques tuyaux sur l’usage de l'argent : ironie, voire (un saint) cynisme. Voyons l’état de la question :

La parabole est simple. Convaincu de malversation par son patron, le gérant piégé envisage les débouchés réalistes qui s’offrent à lui après son licenciement. Ce trader avant l’heure n’en voit qu’une, frauduleuse : falsifier à la baisse les comptes des débiteurs de son patron. Ainsi trouvera-t-il des amis, satisfaits de l’opération, et qui, se dit-il, « m’accueilleront chez eux » (pour « un nouveau job » ?).
Laissons-nous aller à penser - de manière impie, bien sûr ! - que, si Luc faisait parler Jésus aujourd’hui, c’est de «traders pourris » (sauf votre respect !) qu’il ferait l’éloge, à la seule condition pourtant que ces derniers mettent le montant de leur fraude au service des pauvres, et tournent les lois en ce sens. Quelque chose entre Robin des Bois et Ivanhoé, en somme !...

Ce dont nous n’avons pas (eu) d’exemples (jusqu’ici) !

Provocante, en effet, la conclusion de la parabole :
-          « Et le boss loua ce gérant trompeur ».
Mais sans doute doit-on lire :
-          « Et Jésus loua ce gérant trompeur ».
On attendait un blâme, voici un compliment : Quel voyou, certes, mais quelle adresse pour sortir du piège ! Jésus est-t-il un homme/un dieu « moral ». Il me semble plutôt inviter à trouver une autre manière de vivre – a new way of life -, à la lumière de son « message », même quand il se sert d’exemples « tordus » ! Jésus travaille « offshore », il crie à Pierre : « Duc in altum » !

L’anecdote - s’il s’agit d’un fait divers à lui rapporté (sait-on jamais, « Marianne » a peut-être un ancêtre contemporain de Jésus!) -, l’anecdote inspire Jésus. Ceux que très charitablement il appelle « les fils de ce monde » - souvent des crapules en complet trois-pièces -, dit-il, ne voient que leur intérêt. Mais il faut reconnaître qu’ils sont bien plus vifs et avisés que « les fils de la lumière », les disciples, parfois plus naïvement pieux qu’actifs et pratiques. (L’affaire Williamson est là pour nous le rappeler !)
Le propos n’est-il pas ac-tu-el ?

C’est à ce moment, et à ce moment  seulement, que Luc greffe sur la parabole une exhortation qu’il met dans la bouche de Jésus (« Eh bien moi, je vous le dis... »). Et en bon compilateur, en bon docteur enquêteur, Luc regroupe ici diverses paroles de Jésus sur le problème de l’argent.
Problème :
  • Quand on est « fils de lumière », comment utiliser l’argent avec habileté, puisqu’on aura soi-même à rendre des comptes devant Dieu ?
  • Quel chrétien en effet oserait prétendre que l’usage de l’argent ne fait pas partie de la vie de foi ?

La réponse procède en trois temps.
a) Un conseil.
  1. Comme le gérant de la parabole, il faut se faire des amis avec l’argent. Dont acte !
  2. Mais ces amis doivent être les pauvres - qui sont, ne l’oublions pas, les premiers invités de Dieu, selon la théologie de Luc.
  3. L’argent est « trompeur » : on ne l’emporte pas avec soi dans la tombe, ni au paradis !
  4. Partageons-le donc avec les pauvres  (Monsieur Vincent, l’Abbé Pierre, Sœur Emmanuelle, le père Joseph Wresinski)
  5. et ceux-ci nous « accueilleront dans les  5 ***** éternels ».
b) Un proverbe et son application (« Celui qui est digne de confiance dans une toute petite affaire... »).
  1. Certes, l’argent n’est pas le bonheur que nous attendons de Dieu : ne faisons pas corps avec lui, qu’il reste « étranger », accessoire : toujours aussi nécessaire qu’insuffisant !
  2. OK, mais il n’empêche !
  3. Attention : notre usage de l’argent constitue un test de la confiance que Dieu peut nous accorder pour l’essentiel.
c) Enfin, une dernière leçon.
  1. Celui qui se rendrait esclave de l’argent, tout en prétendant servir Dieu, serait un imposteur et irait à l’impasse (de Marcinkus à Maciel).
  2. Il serait dans la douloureuse et réelle situation de certains esclaves antiques appartenant à deux maîtres à la fois, écartelés par des ordres contradictoires (Dieu et Mammon).
  3. À la différence de certains diatribes primaires, Luc POURTANT ne diabolise pas l’argent.
  4. Il en fait au contraire une valeur réelle et difficile à gérer, un test de notre fidélité à l’Évangile, et l’on voit bien, sous la plume de Luc, en quel sens.

“Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient pour l'usage de tous”, souligne Gaudium et spes, au n° 69. Dans la montée vers Jérusalem, c'est l'urgence que Jésus, de son côté, ne cesse de souligner. Le règne de Dieu est toujours à portée de la main : mais le temps aussi est toujours court, et l'objectif est toujours le même. Si l'on veut se mettre en route à la suite de Jésus une bonne fois pour toutes, eh bien, il semble qu’il ne nous reste qu’à nous détacher de nos biens, matériels ou non, et à les partager.

Pas renoncer à tout, mais partager. Comme Zachée (Lc 19, 1-10)! 






Ce jour-là, Dieu sera le seul Maître.

dimanche 12 septembre 2010

DROIT DE REGARD

12 septembre 2010
alternative 1
DROIT DE REGARD
24ème dimanche du Temps ordinaire Année C


Lectures
  • Ex 32, 7...14
  • Ps 50
  • 1 Tim 1, 12-17
  • Lc 15, 1-32.

La première leçon de Luc est radicale : tout ce qui est perdu (biens, argent, enfant…) en humanité peut être retrouvé, et alors c'est le plus grand des bonheurs.
Cher lui, toute rencontre devient confrontation : Luc place Jésus avec ses disciples devant les deux groupes d'auditeurs habituels : les pharisiens dévots et les scribes théologiens d'une part, et les publicains collabos et les pécheurs sans foi ni loi d'autre part. Et les disciples assistent à leurs échanges musclés de Jésus, comme s’ils étaient en stage de travaux pratiques. Ils essaient de comprendre ce qui se joue devant leurs yeux, apprenant de visu à établir des relations humaines sur des bases nouvelles.

A notre tour, comme disciples et témoins, aujourd’hui, de la vie et de du testament de Jésus, nous sommes convoqués à réévaluer nos critères d’appéciation pour regarder les gens qui passent et que l'on rencontre de près ou de loin. Une insistance d'attention nouvelle aux autres apparaît. Ceux que la société semble rejeter, les « peu fréquentables », et pourtant si importants aux yeux de Jésus, ne sont définitivement ni perdus, ni exclus. Jésus s'en est expliqué à travers les trois paraboles précédentes : le disciple, en effet, ne peut rester passif devant les exclusions de la société. Il doit être inventif pour en réintégrer le plus possible dans une vraie fraternité humaine, et chaque réussite sera un grand bonheur.

Notons qu’il n'est pas dit de les faire rentrer dans le giron d'une Église quelconque, mais de tenter le minimum : les aider à se rendre de nouveau respectables et à vivre en hommes respectés dans leur dignité d'homme retrouvée. Et si l’un ou l’autre devait devait décider de rejoindre le groupe des disciples, alors la joie serait d'autant plus grande.

Ce que nous constatons dans les quatre rapport évangéliques, c’est un Jésus qui relève le plus souvent les écrasés de la vie et les renvoie à leur vie retrouvée, fût-ce un Samaritain : on se rappelle le « Va, c’est ta foi qui t'a sauvé », lorsqu'il guérit les dix lépreux (Le 17,19). Parfois on l’entend dire seulement : « Viens et suis-moi... », Mais « sans te retourner » (Le 9, 59). Les disciples observent et enregistrent, entre autres, ces deux manières de Jésus de conclure des rencontres : ils apprennent vite, en bons apprentis d’une humanité nouvelle.

Éduquer le regard sur autrui est l'une des insistances les plus constantes - parce que la plus absolue -, de la pédagogie de Jésus avec ses disciples, pendant tout ce « noviciat » qu’il leur prodigue pendant sa vie dite publique !
Gardons à l’esprit que tout « retour » est d'abord une réconciliation dans l'intime du sanctuaire de l’âme et du cœur. C'est seulement là, et après un pardon reçu/donné qui restaure l’homme comme homme, que peut fuser la joie de la réintégration dans la famille humaine, et ce, quoi qu'en pensent les « bien-pensants » ! Jésus dérange ici parce qu’il déplace les distinctions entre séant/mal séant, convenable/inconvenant et conventionnel/inventif !

Aujourd’hui, en ces temps de peur identitaire et communautariste, cette leçon est des plus difficiles à assimiler ! Tant qu’il s'agit de l'intime de l’auto conversion, et qu’on s’y confine, la leçon reste, certes, un appel toujours renouvelé au pardon, et chaque chrétien fidèle en trouve le courage personnel pour son infidélité à suivre le Christ. Mais la leçon est hautement perturbante, dérangeante et dangereuse, lorsqu'il s'agit de remettre en cause - comme c’est le cas chez nous aujourd’hui -, un ordre établi dans sa constante fragilité sociale ! Le regard de la société ! Surtout en plus quand on se trouve à occuper un poste de responsabilité, civile ou religieuse, toutes idéologies confondues !

Comment regarder comme Jésus ceux que notre société et notre Eglise a exclus – elles pourront toujours prétendre qu’ils se sont exclus eux-mêmes ! -, désignés à notre réprobation et même à notre rejet, et qui, pour certains, cherchent éperdument et douloureusement à réintégrer le corps social et ecclésial ? Mais le casier judiciaire n'est plus vierge : malheur à vous, quoi que vous soyez devenus !

 Alors, en Allemagne on « sort » officiellement de l‘Eglise, avec certificat d’auto exclusion (Kirchenaustritt) et exemption d’impôt d’Eglise (Kirchensteuer): c’est possible !
 Et en France, certains demandent à être « débaptisés » ! Ce qui ne veut rien dire et est « impossible » pour l’Eglise, le baptême donnant un caractère ontologique : allez expliquer ça aux gens !
"Le sacrement de Baptême ne s'annule pas. Il s'agit d'une réalité spirituelle qui appartient à Dieu dans le coeur duquel votre nom est inscrit" dixit l'évêché.
Ah, si on n’oubliait pas l'Évangile, qui, lui, se souvient de quelques maximes chères à Jésus :
  • « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé » ;
  • « La mesure que vous prendrez pour les autres sera celle que l'on prendra pour vous » ;
  • « La miséricorde à ceux qui font miséricorde. »
Et la prière incisive que Jésus lui-même est dit nous avoir laissé, justement chez Luc, pendant ce voyage vers Jérusalem, à la demande des disciples qui le voyaient prier :
  • « Apprends-nous à prier ! »
Et de nouveau Jésus nous place à contre-pied de notre demande :
  • « Pardonne-nous comme nous pardonnons... »
II s'agit bien d'apprendre à traiter les autres comme nous voudrions être traités nous-mêmes :
  • « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fasse. »

La Société et l’Etat ne peuvent guère suivre ce conseil sans se mettre eux-mêmes en péril, devant la pléthore de tricheurs et de dangers publics, à tous les niveaux du corps national !
Ne faut-il pas (d’abord ?) protéger les honnêtes gens des malfaisants, les faibles des brutes, les petits des pervers ?
Il est donc toujours urgent de discerner ce que le Christ demande : depuis 2000 ans, ses disciples cherchent à comprendre ce qu'il attend d’eux. Selon les temps, les lieux, les circonstances et les gens… que de variables, d’impostures et de trahisons !
Il semble qu’il s'agisse davantage de modifier le regard que nous portons sur les personnes et non sur leurs actes. Les actes demeurent répréhensibles, quand ils le sont. Et la justice des hommes doit y pourvoir en toute sagesse, justice et équité !
Mais l’être humain – digne de ce nom -, n’a-t-il pas vocation de ne jamais désespérer de la repentance et du pardon, mais au contraire d’être toujours prêt à rendre la confiance et l'espoir, comme nous osons l'attendre pour nous-mêmes sous le regard de Dieu LE Père... malgré tous les égoïstes qui se sauvent avec l'héritage comme « l’enfant dit prodigue » : chacun pour soi, et crève le monde !

Questions :
Y a-t-il un espoir pour les profiteurs ?
Leur cœur de pierre peut-il redevenir un cœur de chair ?
Et les collabos et les hors-la-loi ?

Et tous les nouveaux arrivés ?
Tous les étrangers sont des perturbateurs : ceux de l’extérieur et ceux de l’intérieur ! Par là même, ils investissent le devant de la scène, et quand ils l’occupent, c’est pour longtemps. Pourtant c’est d’eux que viendra(it) la joie, s’ils « se retrouvent » !
D’après le Jésus des évangiles !
L’Eglise de ce Christ elle-même est frappée planétairement ! [Marcinkus et le Banco Spirito Sancto, Maciel et les Légionnaires du Christ, et bien sûr, ] les prêtres pédophiles ne peuvent échapper à la justice des hommes. Nous avons mis du temps pour nous en convaincre. Le mal qu’ils ont perpétré sur la personnes de jeunes êtres innocents, ils peuvent le recommencer et détruire encore des vies d'enfants malgré le pardon qui leur a été parfois donné – un peu légèrement -, par leur évêque, espérant leur guérison.
La protection des futures victimes est un devoir impératif imprescriptible, mais comment
empêcher ces hommes de ne plus nuire, tout leur en accordant miséricorde s'ils
demandent le pardon, en reconnaissant enfin l'horreur de leur méfait ?

Comment sauver leur avenir d'homme à l'intérieur même de la prison des hommes ?

Un homme peut-il être à jamais exclu de notre amour de charité ? Ne sommes-nous pas tenus par notre foi d’inventer comment faire pour le relever à ses propres yeux – pour le ré humaniser -, quand se manifestent enfin son repentir et sa douleur d'avoir commis le mal ? Qui ira le visiter dans sa prison (Mt 25, 36), maintenant qu'il est devenu à juste titre l'opprobre de la société… de ses semblables, ses frères ?

Un court passage (Lc 17, 1-4) - sauté par le choix liturgique des cinq dimanches concernés -, éclaire pourtant bien les deux niveaux du problème éthique :
  • "II est impossible que les scandales n'arrivent pas mais malheur à celui par qui ils arrivent !
  • Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une grosse pierre et être jeté à la mer que de scandaliser quiconque.
  • Prenez garde à vous !" »

C’est en rapprochant des dits comme ceux-là que l’on s’aperçoit que l’enseignement rapporté de Jésus n'est ni naïf ni laxiste. On lui fait ajouter pourtant :
« Si quelqu’un vient à te manquer, fais-le lui remarquer, et s'il se reprend, pardonne-lui.
Te manquerait-il sept fois le jour, et se reprendrait-il chaque fois, pardonne-lui encore et encore ! »
Matthieu le dit autrement :
« Je ne te dis pas jusqu'à sept fois - répond Jésus au pauvre Pierrre qui n’en peut mais ! - mais jusqu'à soixante-dix-sept fois sept fois » (Mt 18, 22).
Si c'est à soi qu'on a fait du tort et que le pardon dépend de nous, passe !
Mais quand il s'agit d'autrui, et particulièrement de ces jeunes victimes, comment favoriser le pardon ?

On comprend d’autant plus l'appel des disciples, et le nôtre à leur suite :
« Augmente en nous la foi ! »
Comment, en effet, trouver la juste attitude du « Soyez parfaits comme mon Père céleste est parfait ! »

La porte du bien agir est bien étroite ! Car depuis Jésus, il ne s'agit plus d'observer seulement la Loi - et il faut le faire ! -, mais de changer son cœur et son regard !
La vie du disciple - fût-il prêtre, évêque ou pape -, « n'est pas un long fleuve tranquille ! ». Et c’est cahin caha que LA SEULE route monte à Jérusalem.

Se mettre à l'école d’un tel Maître, c’est affronter en permanence les forces du mal, sans faiblir, et pratiquer une issue de secours pour tous et pour chacun :
  • jusqu'au bout,
  • jusqu’en haut,
  • jusqu’à la croix de Jérrusalem !

Bring me my bow of burning gold!
Bring me my arrows of desire!
Bring me my spear! O clouds unfold!
Bring me my chariot of fire!
I will not cease my mental fight,
Nor shall my sword sleep in my hand,
till we have built Jerusalem
in England’s green and pleasant land. A moi mon arc d’or en feu !
A moi mes flèches de désir!
A moi ma lance! O nuages défaits !
A moi mon char de feu!
Je ne cesserai pas mon combat spirituel,
Mon épée non plus ne dormira dans ma main,
Jusqu'à ce que nous ayons bâti Jérusalem
Sur la belle terre de la verte Angleterre.

"Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu []. Tenez donc ferme:
ayez à vos reins la vérité pour ceinture;
revêtez la cuirasse de la justice;
mettez pour chaussures à vos pieds le zèle que donne l'Évangile de paix;
prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, pour éteindre tous les feux traits du malin; prenez aussi le casque du salut,
et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu ».

mardi 7 septembre 2010

SOS MARIAGE CATHO (SMC)


SOS MARIAGE CATHO (SMC)




  1. Situation
Ma carrière m’a fait rencontrer tous les cas possibles dans lesquels
Ø      un(e) catho, pratiquant(e) ou pas
se trouve vouloir épouser selon l’Eglise Catholique Romaine
Ø      un(e) non catho, non baptisé(e) ou d‘une autre confession
-         protestante
-         juive
-         musulmane
-         bouddhiste
-         etc…
  1. Questions :
-         en quoi consiste la mariage catholique romain dans les différentes situations ?
-         le possible, l’impossible, le difficile, le dangereux ?
-         les démarches éventuelles ?
-         le dossier de mariage ?
  1. Préparation :
-         le sacrement catholique romain et ses conditions de validité
-         le sens et les exigences des autres formes de mariages
-         compatibilités et incompatibilités
-         les dispenses éventuelles
  1. La cérémonie
-         la présence d’un ministre de l’autre culte
-         le lieu (église, temple protestant, synagogue, mosquée, temple bouddhiste)
-         différence entre sacrement et simple bénédiction

Ø     C’est là qu’une aide est - parfois désespérément - recherchée : pour
-         comprendre sa propre situation et celle du conjoint,
-         prendre une décision en connaissance de cause,
-         choisir la préparation adéquate,
-         préparer le type de cérémonie possible choisie,
-         trouver le(s) ministres du/des cultes susceptibles d’accomplir les rites,
-         trouver le lieu qui convienne et sera accepté par les autorités religieuses et les deux parties…

Ø     et d’innombrables autres points que soulève la particularité de chaque union projetée
-         famille d’origine des conjoints
-         comment entrer dans l’autre famille
-         famille que l’on fonde
-         relations entre elles trois
-         éducation religieuse des enfants
-         lieu d’habitation…

JE VEUX METTRE MON EXPERIENCE
AU SERVICE DE CELLES ET CEUX QUI ONT BESOIN D’UNE AIDE
POUR EVITER LES PIEGES AUTANT QUE POSSIBLE
ET FAIRE QUE LEUR AMOUR TRIOMPHE
DES DIFFICULTES SOCIO CULTURELLES DES LEGITIMES TRADITIONS.



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Père Vincent-Paul Toccoli, sdb
+33(0)610 366 864



dimanche 5 septembre 2010

DROIT DE REGARD


12 septembre 2010

DROIT DE REGARD
24ème  dimanche du Temps ordinaire Année C

(bis)

Lectures
Ø        Lectures : Exode 32, 7...14
Ø        Psaume 50
Ø        1 Timothée 1, 12-17
Ø        Luc 15, 1-32.

La première leçon de Luc est radicale : tout ce qui est perdu (biens, argent, enfant…) en humanité peut être retrouvé, et alors c'est le plus grand des bonheurs.
Cher lui, toute rencontre devient confrontation : Luc place Jésus avec ses disciples devant les  deux groupes d'auditeurs habituels : les pharisiens dévots  et les scribes théologiens d'une part, et les publicains collabos et les pécheurs sans foi ni loi d'autre part. Et les disciples assistent à leurs échanges musclés de Jésus, comme s’ils étaient en stage de travaux pratiques. Ils essaient de comprendre ce qui se joue devant leurs yeux, apprenant de visu à éta­blir des relations humaines sur des bases nouvelles.

A notre tour, comme disciples et témoins, aujourd’hui, de la vie et de du testament de Jésus, nous sommes convoqués à réévaluer nos critères d’appéciation pour regarder les gens qui passent et que l'on rencontre de près ou de loin. Une insistance d'attention nouvelle aux autres apparaît. Ceux que la société semble rejeter, les « peu fréquentables », et pourtant si importants aux yeux de Jésus, ne sont définitivement ni perdus, ni exclus. Jésus s'en est expliqué à travers les trois paraboles précédentes : le disciple, en effet, ne peut rester passif devant les exclusions de la société. Il doit être inventif pour en réintégrer le plus possible dans une vraie fraternité humaine, et chaque réussite sera un grand bonheur.

Notons qu’il n'est pas dit de les faire rentrer dans le giron d'une Église quelconque, mais de tenter le minimum : les aider à se rendre de nouveau respectables et à vivre en hommes respectés dans leur dignité d'homme retrouvée. Et si l’un ou l’autre devait devait décider de rejoindre le groupe des disciples, alors la joie serait d'autant plus grande.

Ce que nous constatons dans les quatre rapport évangéliques, c’est un Jésus qui relève le plus souvent les écrasés de la vie et les renvoie à leur vie retrouvée, fût-ce un Samaritain : on se rappelle le « Va, c’est ta foi qui t'a sauvé », lorsqu'il guérit les dix lépreux (Le 17,19). Parfois on l’entend dire seulement : « Viens et suis-moi... », Mais « sans te retourner » (Le 9, 59). Les disciples observent et enregistrent, entre autres, ces deux manières de Jésus de conclure des rencontres : ils apprennent vite, en bons apprentis d’une humanité nouvelle.

Éduquer le regard sur autrui est l'une des insistances les plus constantes - parce que la plus absolue -, de la pédagogie de Jésus avec ses disciples, pendant tout ce « noviciat » qu’il leur prodigue pendant sa vie dite publique !
Gardons à l’esprit que tout « retour » est d'abord une réconciliation dans l'intime du sanctuaire de l’âme et du cœur. C'est seulement là, et après un pardon reçu/donné qui restaure l’homme comme homme, que peut fuser la joie de la réintégration dans la famille humaine, et ce, quoi qu'en pensent les « bien-pensants » ! Jésus dérange ici parce qu’il déplace les distinctions entre séant/mal séant, convenable/inconvenant et conventionnel/inventif !

Aujourd’hui, en ces temps de peur identitaire et communautariste, cette leçon est des plus difficiles à assimiler ! Tant qu’il s'agit de l'intime de l’auto conversion, et qu’on s’y confine,  la leçon reste, certes, un appel toujours renouvelé au pardon, et chaque chrétien fidèle en trouve le courage personnel pour son infidélité à suivre le Christ. Mais la leçon est hautement perturbante, dérangeante et dangereuse, lorsqu'il s'agit de remettre en cause - comme c’est le cas chez nous aujourd’hui -, un ordre établi dans sa constante fragilité sociale ! Le regard de la société ! Surtout en plus quand on se trouve à occuper un poste de responsabilité, civile ou religieuse, toutes idéologies confondues !

Comment regarder comme Jésus ceux que notre société et notre Eglise a exclus – elles pourront toujours prétendre qu’ils se sont exclus eux-mêmes ! -, désignés à notre réprobation et même à notre rejet, et qui, pour certains, cherchent éperdument et douloureusement à réintégrer le corps social et ecclésial ? Mais le casier judiciaire n'est plus vierge : malheur à vous, quoi que vous soyez devenus[1] !

Ø       Alors, en Allemagne on « sort » officiellement de l‘Eglise, avec certificat d’auto exclusion (Kirchenaustritt) et exemption d’impôt d’Eglise (Kirchensteuer): c’est possible !
Ø       Et en France, certains demandent à être « débaptisés » [2]! Ce qui ne veut rien dire et est  « impossible » pour l’Eglise, le baptême donnant un caractère ontologique : allez expliquer ça aux gens[3]!

Ah, si on n’oubliait pas l'Évangile, qui, lui, se souvient de quelques maximes chères à Jésus :
ü      « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé » ;
ü      « La mesure que vous prendrez pour les autres sera celle que l'on prendra pour vous » ;
ü      « La miséricorde à ceux qui font miséricorde. »

Et la prière incisive que Jésus lui-même est dit nous avoir laissé, justement chez Luc, pendant ce voyage vers Jérusalem, à la demande des disciples qui le voyaient prier :
ü      « Apprends-nous à prier ! »
Et de nouveau Jésus nous place à contre-pied de notre demande :
ü      « Pardonne-nous comme nous pardonnons... »
II s'agit bien d'apprendre à traiter les autres comme nous voudrions être traités nous-mêmes :
ü      « Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fasse. »

La Société et l’Etat ne peuvent guère suivre ce conseil sans se mettre eux-mêmes en péril, devant la pléthore de tricheurs et de dangers publics, à tous les niveaux du corps national !
Ne faut-il pas (d’abord ?) protéger les honnêtes gens des malfaisants, les faibles des brutes, les petits des pervers ?
Il est donc toujours urgent de discerner ce que le Christ demande : depuis 2000 ans, ses disciples cher­chent à comprendre ce qu'il attend d’eux. Selon les temps, les lieux, les circonstances et les gens… que de variables, d’impostures et de trahisons !
Il semble qu’il s'agisse davantage de modifier le regard que nous portons sur les personnes et non sur leurs actes. Les actes demeurent répréhensibles, quand ils le sont. Et la justice des hommes doit y pourvoir en toute sagesse, justice et équité !
Mais l’être humain – digne de ce nom -, n’a-t-il pas vocation de ne jamais désespérer de la repentance et du pardon, mais au contraire d’être toujours prêt à rendre la con­fiance et l'espoir, comme nous osons l'attendre pour nous-mêmes sous le regard de Dieu LE Père... malgré tous les égoïstes qui se sauvent avec l'héritage comme « l’enfant dit prodigue » : chacun pour soi, et crève le monde !

Questions :
Y a-t-il un espoir pour les profiteurs ?
Leur cœur de pierre peut-il redevenir un cœur de chair ?
Et les collabos et les hors-la-loi ?

Et tous les nouveaux arrivés ?
Tous les étrangers sont des per­turbateurs : ceux de l’extérieur et ceux de l’intérieur ! Par là même, ils investissent le devant de la scène, et quand ils l’occupent, c’est pour longtemps. Pourtant c’est d’eux que viendra(it) la joie, s’ils « se retrouvent » !
D’après le Jésus des évangiles !
L’Eglise de ce Christ elle-même est frappée planétairement ! [Marcinkus et le Banco Spirito Sancto, Maciel et les Légionnaires du Christ, et bien sûr, ] les prêtres pédophiles ne peuvent échapper à la justice des hommes. Nous avons mis du temps pour nous en convaincre. Le mal qu’ils ont perpétré sur la personnes de jeunes êtres innocents, ils peuvent le recommencer et détruire encore des vies d'enfants mal­gré le pardon qui leur a été parfois donné – un peu légèrement -, par leur évêque, espérant leur guérison.
La protection des futures victimes est un devoir impératif imprescriptible, mais comment
empêcher ces hommes de ne plus nuire, tout leur en accordant miséricorde s'ils
demandent le pardon, en reconnaissant enfin l'horreur de leur méfait ?

Comment sauver leur avenir d'homme à l'intérieur même de la prison des hommes ?

Un homme peut-il être à jamais exclu de notre amour de charité ? Ne sommes-nous pas tenus par notre foi d’inventer comment faire pour le relever à ses propres yeux – pour le ré humaniser -, quand se manifestent enfin son repentir et sa douleur d'avoir commis le mal ? Qui ira le visiter dans sa prison (Mt 25, 36),  maintenant qu'il est devenu à juste titre l'opprobre de la société… de ses semblables, ses frères [4]?
           
Un court passage (Lc 17, 1-4) - sauté par le choix liturgique des cinq dimanches concernés -, éclaire pourtant bien les deux niveaux du problème éthique :
ü      "II est impossible que les scandales n'arrivent pas mais malheur à celui par qui ils arrivent !
ü      Mieux vau­drait pour lui se voir passer autour du cou une grosse pierre et être jeté à la mer que de scandaliser quiconque.
Ø      Prenez garde à vous !" »

C’est en rapprochant des dits comme ceux-là que l’on s’aperçoit que l’ensei­gnement rapporté de Jésus n'est ni naïf ni laxiste. On lui fait ajouter pourtant :
« Si quelqu’un vient à te manquer, fais-le lui remarquer, et s'il se reprend, pardonne-lui.
Te manquerait-il sept fois le jour, et se reprendrait-il chaque fois, pardonne-lui encore et encore ! »
Matthieu le dit autrement :
« Je ne te dis pas jusqu'à sept fois - répond Jésus au pauvre Pierrre qui n’en peut mais ! - mais jusqu'à soixante-dix-sept fois sept fois » (Mt 18, 22).
Si c'est à soi qu'on a fait du tort et que le pardon dépend de nous, passe !
Mais quand il s'agit d'autrui, et particulièrement de ces jeunes victimes, comment favori­ser le pardon ?

On comprend d’autant plus l'appel des disciples, et le nôtre à leur suite :
« Augmente en nous la foi ! »
Comment, en effet, trouver la juste attitude du « Soyez parfaits comme mon Père céleste est parfait ! »

La porte du bien agir est bien étroite ! Car depuis Jésus, il ne s'agit plus d'observer seulement la Loi  - et il faut le faire ! -, mais de changer son cœur et son regard !
La vie du disciple - fût-il prêtre, évêque ou pape -, « n'est pas un long fleuve tranquille ! ». Et c’est cahin caha que LA SEULE route monte à Jérusalem.

Se mettre à l'école d’un tel Maître, c’est affronter en permanence les forces du mal, sans faiblir, et pratiquer une issue de secours pour tous et pour chacun :
  • jusqu'au bout,
  • jusqu’en haut,
  • jusqu’à la croix de Jérrusalem ![5]

Bring me my bow of burning gold!
Bring me my arrows of desire!
Bring me my spear! O clouds unfold!
Bring me my chariot of fire!
I will not cease my mental fight,
Nor shall my sword sleep in my hand,
till we have built Jerusalem
in England’s green and pleasant land.
A moi mon arc d’or en feu !
A moi mes flèches de désir!
A moi ma lance! O nuages défaits !
A moi mon char de feu!
Je ne cesserai pas mon combat spirituel,
Mon épée non plus ne dormira dans ma main,
Jusqu'à ce que nous ayons bâti Jérusalem
Sur la belle terre de la verte Angleterre.



"Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu []. Tenez donc ferme:
ayez à vos reins la vérité pour ceinture;
revêtez la cuirasse de la justice;
mettez pour chaussures à vos pieds le zèle que donne l'Évangile de paix;
prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, pour éteindre tous les feux traits du malin; prenez aussi le casque du salut,
et l'épée de l'Esprit, qui est la parole de Dieu ».




[1] Vous qui entrez, perdez tout espoir ! Dante, L’Enfer.
[2] La réponse vous parvient en à peine dix jours. Une lettre de l’(arch)évêché fera état de votre volonté de ne plus appartenir à l’Église catholique, et en outre comprendra la copie de votre baptême avec la mention « a renié son baptême en date du etc. », sans être excommunié pour autant !
[3] Du point de vue de l'Eglise catholique, cette demande est un acte grave, l'apostasie étant un péché mortel, mais qui n'a aucun effet du point de vue du sacrement car le baptême est considéré comme indélébile. Un apostat qui reviendrait dans le giron de l'Eglise n'aurait pas besoin d'être rebaptisé. C'est une sorte de tatouage spirituel.
"Le sacrement de Baptême ne s'annule pas. Il s'agit d'une réalité spirituelle qui appartient à Dieu dans le coeur duquel votre nom est inscrit" dixit l'évêché.
[4] Voir Baudelaire, Au lecteur, Les Fleurs du Mal : Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère!
[5] La 2nde strophe de l’hymne anglais « Jerusalem » (que vous pouvez écouter sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=UQ0oCmDXrVk)
chante bien ce carmen - ce cri de guerre -, du soldat du Christ à la St Paul (Éph 6: 11-18).


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12 septembre 2010
24ème dimanche du temps ordinaire - Année C

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Références des textes
1. Exode 32,7-11.13-14
2. Psaume 50
3. 1 Timothée 1,12-17
4. Luc 15,1-32


Si Exode 32 commence par nous traiter de peuple à la tête dure, c’est qu’il ne nous reste plus qu’à chanter avec le Psaume 50 pour que Dieu crée en nous un coeur pur.
Voilà en effet que nous nous sommes déplacés, pour nous vouer peut-être au culte de quelque veau d’or, fruit de ce génie multiple que sont notre intelligence et notre savoir faire, reçus à notre venue sur terre : adoration du profit, de la notoriété, de tous les produits de nos sciences et de nos techniques, du sexe, du pouvoir, tout ce qui finira par nous trahir un jour ou l’autre. Mais nous nous en fichons royalement, la plupart du temps, tant que cela dure en tout cas…

Qui peut deviner – comme moi qui écris ces lignes -, que je suis en train de me servir de mon ordinateur pour la dernière fois ? Que demain je conduirai pour la dernière fois ma voiture, en allant sur la Croisette faire mon footing quotidien ? « Insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme ».

Alors faut-il attendre ce « vrai » retour, le dernier, pour « faire quelque chose » ?



Dans les deux premières paraboles de Luc (en transposant : le fils fugueur et l’euro perdu !), peut-être peut-on noter comme une apparente contradiction. Qu’il s’agisse de la brebis égarée ou de l’argent perdu, ces deux biens retrouvés ne prennent aucune initiative : ils se laissent « simplement » retrouver ! C’est le berger et la propriétaire qui font tout le travail. Les voici tous les deux totalement absorbés par le centième (100 bêtes) et le dixième (dix pièces) de leur avoir, comme si les biens conservés (99 bêtes et 9 pièces) ne les avaient soudain plus intéresser autant !
Il apparaît que le dieu que Jésus nous raconte semble n’avoir d’intérêt (avant tout ?) que pour ceux qui sont ou se sont perdus.
Et voici que la morale (comme on disait du temps on où apprenait par cœur les Fables de Lafontaine !) consiste, pour ce prêcheur itinérant, à assimiler ceux que Dieu s’en va chercher de par les chemins du monde, sont tous des pauvres bougres, paumés malgré eux - et tout le monde peut l’être un jour ou l’autre, et de bien diverses façons ! -, et voici que Jésus les compare aux pécheurs qui se convertissent !

Alors, c’est Dieu qui les retrouve ou bien c’est eux qui retournent vers Dieu ?
Les deux, certainement, mon capitaine !

Tout le monde la voit, cette chèvre impossible qui n’obéit ni au berger ni aux chiens - ce garçon, cette fille, qui s’en vont avec leurs copains, fréquenter des lieux mal famés, habillés comme l’as de pique avec un jean qui leur tombe au bas des fesses et un string qui doit sortir du pantalon !
C’est votre (petit) fils, c’est votre (petite) fille que Dieu (qui donc, sinon lui ?) va chercher aussi loin qu’ils s’en sont allés … Mais encore faut-il qu’il aient gardé au fond de leur cœur, l’écho de votre voix et de tous vos conseils qu’ils ont fort bien entendus et enregistrés, même s’ils ne les ont pas suivis… jusqu’ici…
Car soudain, il y a la peur, la peur au ventre, la peur de ne plus savoir comment s’en sortir… Alors – grâce à Dieu ! -, résonne la mémoire de l’amour sans condition, s’il en ont fait seulement l’expérience, un jour, quand ils étaient « petits » !



Car il faut allier notre liberté à ces retrouvailles ! « Faut’l’vouloir ! ». Dieu est bien le dernier à rien faire pour nous malgré nous. Se convertir - c’est-à-dire reprendre la « bonne » direction -, c’est accepter de se retrouver d’abord soi-même, sa propre vérité, qui est image et ressemblance – souvent défigurée -, du visage même de ce Dieu, venu nous rendre visite par ce Jésus dont il est le Père, et le nôtre si nous le voulons !

C’est pourquoi l’histoire du fils « prodigue » vient compléter le tableau comme il faut, en nous racontant que, justement, ce retour à Dieu et à son Père comporte un déplacement de notre part. Car ce fils cadet (toujours le plus petit !) choisit la liberté, certes ! Fini le travail dans le domaine familiale ; à lui l’argent de l’héritage anticipé dont il disposera à sa (pauvre et coûteuse) guise. C’est bien au nom de cette liberté que beaucoup ont rejeté et rejettent encore le Jésus de la foi !
Est-ce être libre que de se plier à des lubies, des modes et des « n’importe qui » qui propagent les maladies du « n’importe quoi » ?
Rien ne peut rendre plus esclave que le laisser-aller confondu avec la liberté ! C’est ce qu’on appelle l’aliénation, et les malades, des aliénés !

Alors vive la liberté sauvage, Into the Wild ! Allons-y ! Et quand on a «faim et soif » à en crever, quand notre corps et notre cœur crient ensemble famine, la moindre bouchée, la moindre parole peuvent devenir mortelles, si on ne sait plus quoi manger ni quoi boire, ni qui croire !

Il semble que l’homme doive arriver à toute extrémité pour relire son itinéraire, et comparer la vie qu’il mène à la prospérité qu’il a perdue et qui n’attend que lui ! C’est parfois ce qui va motiver son retour. Y a –t-il de mauvaises raisons pour revenir… à la vie ? … Le ventre ? L’amour ? La peur ? … TOUT est bon quand l’enjeu est de se remettre à vivre ! Jésus nous fait comprendre que nous sommes des êtres de besoin, d’insuffisance, et que nos « idoles » ne peuvent nous faire vivre.

Se déplacer pour rentrer entraîne tout un décentrement et un re centrement !



Tout le monde se déplace. L’un court vers l’autre : pour demander pardon ou pour pardonner !

La « morale » de nouveau est simple !
Pour peu que je me « déplace » vers Dieu ou loin de lui, Dieu se met à courir vers moi, se tient en vue et attend. On (Jésus) nous apprend que peu lui importent les raisons, bonnes ou mauvaises, qui m’ont poussé à m’éloigner de lui ou maintenant à revenir vers lui !
Regarde-le !
Il ne laisse même pas le prodigue terminer sa « confession » !
Il l’embrasse à l’étouffer !
Ah Dieu est comme çà : quand il aime, il aime ! Et il fait la fête !
Il réhabilite, il recrédite, il restaure : et il ne veut plus en entendre parler ! Quoi qu’en pensent les autres, et même son autre fils aîné qui n’y comprend rien, qui l’a mauvaise, et qui se tait ! Parce qu’il ne peut même pas imaginer que son père, Dieu, pardonne tout, même son irritation devant sa miséricorde.

Voilà donc trois histoires qui finalement ne parlent de perte que pour se réjouir à la fin ! « Mon fils était perdu et il est retrouvé, il était mort et il est revenu à la vie ».

vendredi 3 septembre 2010

A l’école des disciples...



Petite homélie intermédiaire

A l’école des disciples

La liturgie, depuis quelques dimanches, fonctionne comme une sorte de voyage initiatique, une sorte d'école itinérante, comme les élèves de l’école péripatéticienne, fondée par Aristote en 335 av. J.-C. au Lycée d'Athènes : la légende rapporte qu'Aristote y enseignait en se promenant.
C’est ce à quoi servaient les anciens Portiques, ces longues galeries couvertes soutenues par des colonnes et placées devant une façade.



Jésus conduit ses disciples pas à pas vers l'achèvement de sa mission afin qu’ils en comprennent la portée et les enjeux. Et pour ceux qui accepteront de rester avec lui et d'en devenir les témoins de génération en génération, jusqu’à aujourd’hui. Tout cet ensemble de textes constitue maintenant un enseignement, pour devenir pour notre temps les disciples du Jésus-Christ du 21ème siècle.

Sans cesse résonne à leur endroit - et à notre endroit maintenant -, ce reproche du Maître : « Vos pensées ne sont pas mes pen­sées. » II semble nous dire sans cesse: « Faites un effort pour comprendre et réagir autrement que selon vos réflexes habituels. Devenez plus humains tels que Dieu vous a faits. » Il commence à s’éloigner, le « printemps de Galilée », et le charme indéniable du jeune prophète : en route, il devient plus que déconcertant. Luc précise « Ses traits se durcirent en attaquant la montée de Jérusalem ». Il affronte les chefs de toutes les catégories du moment : scribes, lévites et phari­siens, c’est-à-dire théologiens, prêtres et dévots !

« Mais que veut-il, à la fin ? Que faut-il faire pour le suivre? »



Dès la sortie de la Galilée, cela a commencé par aller mal avec les proches (Lc 9, 51-56). À l'entrée en Samarie, ce fut l’hostilité des habitants qui ne reconnaissent pas le mont Moriah de Jérusalem, mais le mont Garizim de Sichem (Naplouse). Du coup, les disciples, pris de panique et prenant Jésus pour Élie revenu, lui demandent de jouer les Zeus olympiens et de lancer le feu du ciel sur ces gens comme Élie jadis sur les prêtres de Baal (2 R 8,10).  Et lui remet ça :

« Mais de quel esprit êtes-vous donc ? Je ne suis pas venu pour détruire mais pour sauver. »

Le ton est donné, le nouvel enseignement du Maître va faire mal : pour avancer, nous sommes sommés de vérifier de quel esprit nous sommes vraiment, non dans nos discours ready to say mais dans nos réactions spontanées, qui révèlent qui nous sommes vraiment sous la pellicule du christianisme bimillénaire de note culture.

La première rencontre (Lc 15) a campé «la bande à Jésus » devant deux groupes d'auditeurs : les pharisiens dévots et les scribes théologiens d'une part, et les publicains percepteurs et les pécheurs outlaws d'autre part. Il est évident qu'ils n'ont pas les mêmes motivations. Les seconds sont attirés par la renom­mée du prophète qui accueille tout le monde, même s'ils ont mauvaise réputation ; quant aux premiers, scandalisés de le voir se mêler aux sans foi ni loi, ils cherchent à surprendre Jésus en défaut et le disqualifier : l’homme est dangereux !

On ne voit pas de non juifs, sinon le plus sou­vent des Romains - les occupants doublement détestables - et, justement, des Samaritains, ces hérétiques dont ils ont du traverser la province pour gagner Jéru­salem.  C’est pourtant l’un d’entre eux que Jésus a pris un jour comme exemple, pour en faire l’un des plus beaux héros de cette parabole inoubliable du Bon Samaritain (Le 10, 25-37) – histoire qui appartient au patrimoine mondial de l’humanité. Luc en citera un autre, un lépreux, le seul reconnaissant de 10, guéris par l’homme de Nazareth.



Tous les hommes sont catalogués selon leur origine ou leur statut social, et il est bien prévu par la Loi de savoir comment se comporter selon les uns et les autres : tout est codifié. Eh bien Jésus déborde ces limites et il entraîne ses disciples à les considérer autrement : cet homme est vraiment, t dangereux, puisqu’il relativise la loi, LA LOI !

Le disciple de Jésus qui voulait suivre ce Maître, c’est-à-dire devenir chrétien au temps de la rédaction des évangiles (vers les années 70), en lisant ces textes, va découvrir une nou­velle manière de voir les hommes : le regard ! Changer le regard ! Ce stage à l'école nomade de Jésus enseigne une nouvelle façon d'être humain, détruisant toutes les barrières, supprimant en sa chair, toute haine... créant en sa personne un Homme nouveau.