mardi 5 avril 2011

22 Avril Vendredi Saint UN PUTTO, DES PUTTI

22 Avril Vendredi Saint
UN PUTTO, DES PUTTI

  

Textes
-          Ps 31,2.6.12-13.15-16.17.25.  .             
-          Heb. 4,14-16.5,7-9.
-          Jn 18,1-40.19,1-42

Avançons-nous donc avec pleine assurance vers le Dieu tout-puissant qui fait grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. (Lettre aux Hébreux)

Cette semaine a cela d’immensément significatif qu’elle met véritablement en scène pour plus d’un milliard de personnes dans le monde, des évènements historiques clés qui ont d’une part changé la face de la terre, et d’autre part continuent d’animer les espérances et la foi de milliers de milliards d’êtres humains depuis deux mille ans !
Tout le monde ne partage pas l’adhésion à cette conviction, mais tous en sont influencés et ont marqué le temps par sa commémoration : Semaine Sainte, Pâques, Résurrection etc.… Voilà des mots et des réalités culturelles qui ont estampillé d’un sceau indélébile les arts, les civilisations, le temps et l’espace…

*     *
*

Dans l'après-midi du Vendredi Saint, c’est le jour où l’humanité – bon gré mal gré -,  commémore dans les églises bien sûr, mais à la TV et sur les ondes, la mort de Jésus de Nazareth, et célèbre deux cérémonies distinctes que la culture des temps a élaborées :
  1. la première, qui est un chemin de croix, se célèbre vers 15 heures environ, au moment où Jésus est censé avoir expiré sur une Croix, en un lieu nommé Calvaire ou Colline du Crâne;
  2. la seconde a lieu un peu plus tard, en fin d'après-midi, ou en début de soirée.

L’histoire de la liturgie – importante du point de vue anthropologique -, nous apprend que cette cérémonie du soir, ou de la fin d'après-midi, se célébrait autrefois le matin, comme celles du Jeudi Saint (la veille) et du Samedi Saint (le lendemain), qui se célébraient toutes le matin. [Autrefois, c'était avant 1955, il y a une cinquantaine d’années. Cette année-là, en effet, Pie XII promulgua une réforme complète du Missel de la Semaine Sainte : désormais, on célébrerait ces offices aux heures qui correspondent aux temps précis des événements historiques :
-          la Cène du Seigneur, au soir du Jeudi Saint ;
-          la Passion et la Mort de Jésus, dans l'après-midi du Vendredi Saint ;
-          et l'attente de la Résurrection, dans la nuit du Samedi Saint au Dimanche de Pâques.]

Tout cela venait d’une question de jeûne à régler en fonction de l’heure de la messe[1] !
Le jour du Vendredi Saint, de temps immémorial, l'Église ne célèbre pas de Messe, celle-ci étant le sacrement et le mémorial de la victoire du Christ sur la mort ; le Vendredi Saint, Jésus meurt. On ne se réjouira de la victoire de Jésus qu’au matin de Pâques. Pourtant la cérémonie s’en déroule tout à fait comme une Messe, sans consécration, pourtant.

Ceci est important et nous montre combien le sacrement et le symbole tâchent de rendre le plus  accessible possible, le sens dont ils sont les vecteurs. C’est quand ces vecteurs – hommes et moyens – deviennent opaques et incompétents, que le sens sacré - non pas s’échappe -, mais échappe aux sens et à l’esprit de ceux – les fidèles - auxquels ils sont censés s’adresser !
Ainsi une mystagogie, c’est-à-dire un accompagnement explicatif - en voix off, par ex. -, des étapes de la liturgie de ce jour, serait un accompagnement pédagogique bienvenu pour une mentalité habituée aux commentaires qui « légendent » les images transmises par les media.


Le seul plan de la cérémonie est en soi une véritable catéchèse :

  1. prière silencieuse,
  2. oraison,
  3. lectures,
  4. prière universelle,
  5. introduction de la Croix dans l'église

  1. dévoilement de la Croix,

  1. adoration de la Croix,
  2. "Notre Père" suivi de  la communion,  postcommunion,
  3. bénédiction d’envoi.
La correspondance de ces cérémonies avec celles de la Messe est quasi totale: sauf pour le dévoilement de la Croix et son adoration.
  1. prière silencieuse > acte pénitentiel
  2. oraison > oraison collecte
  3. lectures > lectures et évangile
  4. prière universelle > prière des fidèles
  5. introduction de la Croix dans l'église > procession d'offertoire et offrande
  6. dévoilement de la Croix > consécration du pain et du vin
  7. adoration de la Croix > prière eucharistique
  8. "Notre Père" suivi de la communion > idem postcommunion > idem
  9. prière de bénédiction > bénédiction gestuelle


Arrêtons-nous sur ces deux variantes :
Le dévoilement de la Croix (& L'adoration de la Croix.)

  1. Retenons que la Croix est apportée voilée : elle représente le pain et le vin apportés à l'offertoire de la Messe, substances ordinaires, parties de la Création, les fruits de la terre.
  2. Le dévoilement de la Croix signifie alors la révélation du changement opéré par la consécration du pain et du vin, leur transmutation, leur transsubstantiation :
Ø      ce pain et ce vin signifient maintenant réellement le Corps et le Sang du Christ présents substantiellement.

Il s'agit bien ici d'une simple analogie :
ü      il n'y a pas de Messe,
ü      la Croix n'est pas la substance du Christ.
Mais le rapport est parfait quant à la chose signifiée :
ü      la Croix signifie la Passion,
ü      tout comme le sacrifice du Christ est rendu présent dans et par les signes du pain et du vin consacrés au Corps et au Sang du Christ.
Ø      Le dévoilement de la Croix rend présent les signes de la Passion, comme  la consécration, à la Messe, rend présent en plus et surtout la substance du Christ ressuscité.

*** Enfin, le dévoilement de la Croix, pris dans le sens d'un enlèvement du voile, et donc d'une révélation, peut être associé à la consécration dans le fait que, par la foi et dans la foi, les croyants reçoivent du prêtre, qui consacre le pain et le vin, cette révélation, qui doit être crue, que ce que nous voyons n'est plus du pain et du vin, mais bien le Corps et le Sang du Christ : "Ceci est mon Corps... Ceci est mon Sang..."

L'adoration de la Croix

  • Elle correspond de façon analogique à la Prière eucharistique, ou anamnèse.
  
ü      En adorant la Croix, le croyant exprime sa foi dans le signe rédempteur,
ü      tout comme l'Église offre à Dieu le Père le Corps et le Sang de son Fils en invoquant l'Esprit Saint.

  • Peut-être, la plus belle analogie se trouve-t-elle dans la fraîche naïveté du baiser que le chrétien dépose sur les pieds du Crucifix : comme d’un ami à l’ami, crucifié par amour.
ü      Chacun des membres de l'Église témoigne ainsi sa foi et son amour pour le Christ, montrant par là qu'il ratifie pleinement l'Alliance éternelle fondée dans le Sang du Christ et ouvrant ainsi son cœur  par amour et humilité,
ü      afin que l'Esprit Saint y pénètre et le rende semblable au Christ par la communion : "Je ne vis plus ; c'est Jésus qui vit en moi." (Gad. 2, 20)

*     *
*

Ces jours ne seront ainsi porteurs de sens que pour autant que leur « mise en scène » devienne un « théâtre de l’âme ». Le baroque « inventa » le putto (putti au pluriel), terme architectural et pictural italien qui désigne la statue ou l’effigie d'un nourrisson joufflu  (toujours un garçon et parfois un ange.), inspiré de l'art de la Grèce antique. Son rôle est de montrer par ses « facéties » l’attitude intérieure de l’âme à adopter devant telle ou telle représentation.

Devenons les putti de notre âme !




[1] Si, avant 1955, on célébrait ces offices le matin, c'est parce qu'il s'agissait de célébrer chaque fois une Messe. Or, à cette époque, à cause du jeûne eucharistique qui devait s'observer depuis la veille à minuit, la Messe se célébrait le matin, avant l'heure de midi. Donc, le matin des trois jours saints, on célébrait la Messe du jour en question. Le Jeudi-Saint, on célébrait la Cène du Seigneur ; le Vendredi-Saint, une cérémonie dans laquelle on utilisait des hosties consacrées, ou sanctifiées, la veille, cérémonie que l'on appelait : Messe des pré-sanctifiés ; le Samedi-Saint, on célébrait la Vigile pascale, une vigile fort matinale, puisqu'elle commençait vers neuf heures du matin...

22 Avril 2011 Vendredi Saint Mors et vita duello

22 Avril 2011 Vendredi Saint   Mors et vita duello




Textes
-          Ps 31,2.6.12-13.15-16.17.25.       
-          Heb. 4,14-16.5,7-9.
-          Jn 18,1-40.19,1-42.

C’est depuis ses 100 ans d’âge et son exil maritime que Jean, plus que les autres évangélistes, contemple la passion du Christ. La lumière de sa résurrection a ébloui sa vision depuis plus de 80 ans !
Les trois autres écrivent entre 30 et 60 ans après les jours tragiques qui mirent fin à la vie terrestre du Christ. Jean écrit seulement vers la fin du 1er siècle de notre ère et peut-être est-ce même au début du 2nd ! Sa longue méditation lui a révélé que Jésus n’a pas seulement subi ses souffrances et sa mort. Il n’a jamais cessé d’être le maître de son destin « Ma vie, nul ne la prend. C’est moi qui la donne » (Jn, 10,18). Jean veut montrer que le crucifié, ce Jésus qui subit le supplice honteux des esclaves, est en fait déjà « royal, couronné, glorieux ».

Et sa Passion est d’abord « l’Heure de sa gloire !» Paradoxe de la foi !
Si à  Cana, « l’Heure n’était pas encore venue » (Jn 2,4). A la Passion, elle est venue. Heure unique comme est unique pour la femme l’heure des douleurs et « la joie qu’un homme soit venu au monde » (Jn 16, 21). Si Jésus l’appelle « mon Heure », c’est qu’en elle s’achève sa mission terrestre et se consomme l’œuvre pour laquelle il s’est incarné. Elle est « l’Heure » de sa vie en son sommet, l’heure où il vient au monde récapitulé de la vie et de la mort, de l’homme qui revient à Dieu, du temps qui rentre dans l’éternité !

Christus innocens Patri reconciliavit peccatores
Le Christ innocent ramène les égarés à Dieu le Père

Voici que sonne au cœur de l’empire des hommes l’Heure centrale de l’histoire humano divine à laquelle tout est suspendu. Et Jean, par delà les acteurs immédiats et le moment du drame, Jean a vu « en cette Heure » l’affrontement entre la lumière et les ténèbres ainsi que le heurt brutal et décisif du mensonge et de la vérité, où se sont en un seul combat concentrées  toutes les forces du mal et toutes les forces de l’amour :

Mors et vita duello conflixere mirando
Formidable conflagration de la vie  et de la mort

De plus, en cette heure fugitive du Vendredi Saint, le regard d’aigle de Jean voit briller l’éclair du jugement du monde : l’Heure du jugement de Dieu, l’irruption de l’éternel dans le temps.
 « C’est maintenant le jugement de ce monde. C’est maintenant que le Prince de ce monde va être jeté en bas » (Jn 12, 31).
Dux vitae mortuus, regnat vivus.
Même mort le Prince de la vie règne

Car dans la mystérieuse « élévation » du Fils de l’Homme et de ce fils d’homme au sommet du gibet, Jean a deviné la résurrection et l’ascension du Christ (cf. Phil 2,8 vs.), et il l’unit déjà au plus profond des abaissements du supplice.

Ma royauté n’est pas de ce monde. Jean 18, 36

Comme nous l’avons vu hier,  le lavement des pieds  - scène propre à Jean  -, en est l’expression symbolique la plus émouvante... C’est un «  signe » qui saisit en une stupéfiante image la mission même d’un Sauveur humble et efficace. Bouleversant épisode qui décontenance Pierre absolument

« Toi Seigneur, me laver les pieds. Cela, jamais ! » (Jn 13, 6, 8).

Tout l’esprit de ce drame est contenu dans ce retournement (conversion, métanoia) opéré dans le coeur de Jean comme de Pierre par cette parole de Jésus.

« Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi » (Jn 13, 8).

Contradiction jusqu’au scandale pour l’idée que les apôtres se faisaient du Messie!
Voilà leur « Seigneur et Maître » en tenue de service d’esclave aux pieds des siens !
Pire encore, il en fait une loi pour ses disciples

« Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous » (Jn 13,15).

La gloire est d’abord présente dans l’humiliation même – volontaire, déterminée, préméditée -, du Vendredi Saint et jusque dans la mort qu’elle transfigure.


Chez Jean, c’est au Calvaire même que Jésus se révèlera Seigneur et Roi., le titre royal devient le pivot autour duquel tourne tout le procès qui aboutit à la crucifixion de Jésus. La présentation de Jésus au peuple en caricature de roi :
« Voici l’Homme, voici votre Roi » (Jn 19, 5-14),
en est, par paradoxe, l’intronisation : sanglante épiphanie royale.

Et en toute lucidité et souveraine liberté : « Lié » par les soldats (Jn 18, 12,24) « livré » à Pilate (Jn 19,10) Jésus domine chaque péripétie par la force de sa personnalité. L’événement le trouve prêt. Il a marché vers lui lucidement tout au long de sa vie.

Il sait ce qui va lui arriver (Jn 18,4)
« Qui cherchez-vous ? » – « Jésus le Nazaréen » – « C’est moi ! » -
 Les soldats reculent et tombent à terre (Jn 18, 4-6)

Enfin, quand il rendra le dernier soupir,  il « sait que tout est achevé ». Alors, avec la majesté du seul Prêtre Souverain qu’il est, offrant l’Unique sacrifice, le sien, Il remet son esprit au Père.
Et Jean reconnaît là « son acte le plus puissant et le plus délibéré ».


« Il fallait que le Fils de l’Homme soit élevé en croix
afin que tout homme qui croit ait par lui la vie éternelle » (Jn 3, 15).

La défaite du Vendredi Saint n’est qu’apparente : Jean, en visionnaire de la foi, y décèle  par avance les premières lueurs de la victoire


23 Avril Vigile Pascale Samedi saint Christos Anesti

23 Avril Vigile Pascale Samedi saint
Christos Anesti
Alithos Anesti


 

Textes

Notre rendez-vous de cette nuit nous a été fixé il y 2000 ans par le récit de 3 femmes qu’on a d’abord pris pour des hystériques, des folles, des pauvres filles éperdues… Même les apôtres qui les connaissaient pourtant très bien !
Ce qu’elles avaient vu leur parut d’ailleurs à elles-mêmes tellement incroyable, qu’elles n’en dirent d’abord rien, selon le premier rapport de Marc (16,8), dans les années 70 :

Elles sortirent du sépulcre et s'enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi.

Elles cherchaient un cadavre, elles n’ont rien trouvé du tout, sinon un ange indicateur qui leur dit d’aller annoncer l’incroyable aux apôtres  « et à Pierre » :

           Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis.       
           Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit.     

Et nous, que sommes-nous venus chercher cette nuit ? Un cadavre, nous aussi ?

Dans le livre de ses Confessions, Dieu dit à Augustin : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé! » Si c’est ce dieu-là, alors sachez qu’il est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes ! C’est celui-là même qui est à la source et au plus profond de notre désir !

La conversion d'Augustin est exemplaire pour cette nuit et ouvre une perspective sur le champ entier de l’expérience de la foi et de l’expérience humaine en général.
C’est un retournement de l'être spirituel qui rentre en lui-même, pour y découvrir le « quelque chose » qui le dépasse, sans supprimer son dynamisme propre. Augustin découvre le véritable sujet de son expérience de dieu et de son expérience religieuse plus largement : son Je humain rencontre le Tu divin, dans une densité qui se passe de démonstration et explique que beaucoup s'y retrouvent depuis 15 siècles ; et ce indépendamment du contexte historique et spirituel spécifique de la pensée augustinienne. Car il s’agit proprement d’un rapport paradoxal avec un Dieu " intimior intimo meo et superior summo meo "= plus intime et plus élevé que je ne le suis à moi-même !

Tous les textes de cette nuit sont une invitation à nous réapproprier le premier matin d’un monde définitivement sauvé de lui-même et ressuscité d’une mort lente et sûre…
Nos chemins vers la tombe vide sont tout aussi différents que nous le sommes les uns des autres. La recherche, elle, est une recherche commune qui nous unit dans notre désir de dieu. Et, parce que nous cherchons ensemble et que nous croyons ensemble, nous ne cessons d’approfondir (intimior) et de nous émerveiller (superior) de cette beata nox qui grâce à notre felix culpa nous a valu tantum salvatorem ! [ de cette bienheureuse nuit qui grâce à notre heureuse faute nous a valu un si grand sauveur !]

Il y a aussi bien des manières de s’attacher à Lui. La diversité des cheminements et des raisons qui nous font LE suivre sont autant de miracles dans notre histoire personnelle et commune. Rien ne ressemble à rien en la matière, et notre désir est à nous… et à Lui ! Notre émerveillement, c’est de nous regarder les uns les autres et de nous demander comment il est possible d’être ici ensemble !

Quelle force peut donc exercer tant d’attraction ?
Qu’est-ce qui s’impose avec tant d’évidence à sa seule évocation ?
Comment cet inconnu de Galilée peut-il devenir si proche, qu’on prenne la route a ses côtés quand il vous croise ?
Pourquoi est-on touché par lui ? Oui, pourquoi ce sentiment d’être accueilli avec ses rêves et le poids de ses faiblesses ?

C’est que la pierre qui retenait la vie a été roulée sur le côté.
C’est qu’une vie captive de la mort a pu être libérée de ses entraves.
C’est que le printemps revient toujours…

« Si tu ne sais pas espérer, tu ne pourras jamais accueillir l’inespéré. » (Héraclite  500 ans avt JC)
Cette vigile est vraiment la nuit de tous les matins à venir!

Ainsi, parce que trois femmes n’ont pas trouvé le cadavre qu’elles attendaient voir à l’aube de ce matin, et qu’elles ont compris qu’elles n’avaient pas à chercher le vivant parmi les morts, ce jour est devenu le premier de tous les jours à lui consacré : le jour du Seigneur = dies dominica

Oui, au matin de Pâques, la vie a pris la clé des champs, le chemin des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, et se laisse prendre par quiconque veut marcher à la suite de l’Homme de Galilée !

Christos Anesti
Alithos Anesti

 

24 Avril PÂQUES LE SIGNE DE LA TOMBE VIDE



24 Avril PÂQUES LE SIGNE DE LA TOMBE VIDE



Textes
-          Act. 10,34.37-43.

Sur une tombe, nous nous heurtons à la terre et à la pierre qui enferment et retiennent celle ou celui que nous aimons ….
On peut imaginer l’expérience bouleversante des premiers témoins de la Résurrection du Christ
en découvrant non seulement la terre et la pierre, mais que le tombeau a été ouvert et qu’il est vide.
Comment une tombe vide peut-elle être un signe ?
Jean, encore lui – le jeune disciple que « Jésus aimait » -, arrive le premier au tombeau où Jésus a été déposé la veille du sabbat. Il n’entre pas – précise-t-il -, cédant le pas à Pierre, déjà désigné comme chef des apôtres, au moment où il rédige. Pénétrant dans le tombeau, il constate que le corps de Jésus n’y est plus, sauf le linceul à la place du corps. Jean entre à son tour. Sa réaction va au-delà de l’inventaire. Et parlant de lui à la 3ème personne, il lâche ces mots étranges :
« Il vit … QUOI ? RIEN ! et il crut… ».

Dématérialisation ? Spiritualisation ?

Jean croit en Jésus vivant, passé [COMMENT ?  IL N’EN SAIT RIEN ! ]de la mort à la Vie.
Comment voir avec ses yeux de chair ce qui n’est plus sous l’emprise des sens ?
Jean se souvient-il des Psaumes qu’il a du chanter dans sa prison maritime :

« Je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu ! »

L’aventure se situe quelque entre le  « venez et vous verrez » du premier appel de Jésus,  et le « il vit et il crut » de Pâques.

Cette expérience intime de Jean souligne l’importance des signes pour croire. Il rédige d’ailleurs son
évangile comme le
« livre des signes de Jésus » pour que, dit-il « vous croyiez que Jésus est le Christ et que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jn 20,31).

Mais où les trouver ?
Les témoignages des premiers apôtres dans les évangiles ?
Encore faut-il les lire ! Qui lit « ça » aujourd’hui ? Les traductions sont terriblement ennuyeuses !
La messe, l’Eucharistie, le double signe du partage du pain et du vin de Vie ?
Combien y assistent encore ? Et combien y « participent » ?
La vie quotidienne ?
- quand l’amour l’emporte sur la haine
- quand une conversion transfigure une existence
- quand l’espoir renaît au cœur des détresses et des malheurs….

Ce sont les chrétiens eux-mêmes qui doivent être convaincants !
Si Paul ne se trompe pas en écrivant aux Colossiens :
« Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3,1)
alors il ne se trompe pas non plus en écrivant à son élève Timothée
« Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons » ( 2 Tm 2,11)


Car c’est quand il se met à la suite de Jésus le Ressuscité que « la puissance résurrectionnelle » est communiquée au chrétien, et qu’il entame déjà son « passage », sa Pâque, vers la Vie même - c’est-à-dire Dieu lui-même !
Par la foi, le baptême, l’eucharistie, certes, mais par surtout par l’invention, la force et le courage que ces sacrements lui insufflent le poussent au service de la cité des hommes, même si ces deniers ne croient pas tout en reconnaissent que cette force émane de lui !
Virtus de illo exibat !

C’est en ce sens qu’une promesse se réalise en temps réel dans la vie quotidienne, vécue à la fois comme croyant et comme un « homme au milieu des hommes ». Appelé, le chrétien l’est moins à voir qu’à donner à voir des signes matériels de cet homme dieu dont il proclame par sa propre vie transformée qu’il est déjà ressuscité avec lui !

Car étant lui-même sorti  du « tombeau » de son égoïsme,
Ayant lui-même roulé la «  pierre » de son découragement ,
Et lui-même déchiré le  « linceul » de son indifférence
En confessant son « péché » et décidant de changer son « cœur »,

il est maintenant ressuscité de toutes les morts de l’âme et peut désormais incarner le signe que
ce n’est plus lui qui vit mais son Christ qui vit en lui

Avec Jean il est autorisé à dire

« Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie
parce que nous aimons nos frères » ( 1 Jn 3, 14)



lundi 4 avril 2011

10 avril Viens dehors !

Viens dehors !

10 Avr 2011
5ème dimanche Carême

Textes
-          Ez 35, 12-14
-          Ps 130(129),1-2.3-4.5-6.7-8.


Cette fois Jésus s’occupe de ses amis, les plus chers : Lazare et ses deux sœurs, Marthe et Marie, chez qui il aimait à se retirer quand c’en était trop des foules et de ses détracteurs. Les deux sœurs sont affrontées à la mort de leur frère !
Elles savent bien que personne n’échappe à la mort naturelle, mais qu’il est promis la vie au-delà de la mort : les pharisiens y croyaient. C’est pourquoi, quand Jésus déclare à Marthe « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? », elle ne peut qu’acquiescer – c’est une catéchèse, elle représente alors le modèle des croyants : « Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » (c’est d’ailleurs la formule quasi littérale de Pierre et de la Samaritaine !).


Mais c’est la séquence suivante avec Marie, qui n’est pas moins importante. Elle rappelle clairement que la foi en la résurrection n’empêche pas le drame, la souffrance et la douleur de la séparation. Jésus s’y associe d’ailleurs pleinement, le texte dit : « Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde… Jésus pleura ».

Ressusciter Lazare le révèle bien comme étant lui-même – Jésus - accordant – dieu - la résurrection et la vie. Pendant ce temps, la personne de Lazare reste « curieusement » dans l’ombre – il est mort, c’est vrai ! -, car la véritable résurrection n’est pas le seul retour à la vie antérieure mais – voilà LA révélation ! - : transformation, glorification, transfiguration ! De Lazare, bien sûr, mais aussi de Jésus : les deux sont transformés, glorifiés et transfigurés !

*      *

*
Un ami qui vient de mourir… une femme en larmes… une foule nombreuse qui s'associe à son deuil… c'est l'enterrement de Lazare à Béthanie.
Cela arrive tous les jours…
Pour vous, c'est le dernier enterrement auquel vous avez participé.

... "Dis maman – demanda Emma, une fille de 8 ans, qui participait, il y a quelque temps, à la sépulture de sa grand-mère : on y lisait ce texte de Jean -  pourquoi demanda-t-elle au curé, Jésus n'est-il pas venu, comme pour Lazare ?"  Car il faut poser ces questions ! Surtout s’il est vrai que la vérité sort de la bouche des enfants !


"Mais où est Jésus quand on enterre un parent, un ami ?"
"Que fait Jésus pour ceux qui meurent ?"

*     *

*
Que répondre sinon trois choses que rapporte Jean :

1."Jésus pleura". Oui, Jésus, le Fils de Dieu a pleuré, nous révèlant un Dieu qui pleure avec nous quand nous pleurons. Le Fils de Dieu a pris un visage. Il souffre avec l’homme quand l’homme souffre.
Donc ils se trompent, ceux qui imaginent :
- un Dieu impassible, lointain, distant de la vie des hommes
- ou un Dieu arbitraire, faisant souffrir un tel et épargnant tel autre…
Vous avez lu les annonces de décès ? "Il a plu à Dieu de rappeler à Lui". Ceci est un blasphème !
Il ne peut plaire à Dieu de faire mourir… Dieu n'a pas inventé la mort-punition.
Nous l’avons lu : Dieu, au contraire, souffre avec nous quand nous souffrons. Dieu nous accompagne quand la mort nous éprouve.

2. "Je suis la Résurrection et la Vie"
Devant le tombeau de Lazare, Jésus pleure, certes… Mais il va aussi agir, faire surgir l'inattendu,
recréer la vie ! Vous imaginez la terreur à l’entour quand on l’entendit soudain crier depuis l’abîme du deuil (« Il sent déjà ! ») : "Lazare, viens dehors !".
ça, c’est nouveau ! Quoi ? Ne pas en « croire ses yeux » : c’est le sens du mot miracle : « mira oculus = l’œil voit ». C’est un SIGNE. La résurrection de Lazare est bien un signe qui nous révèle qui est Jésus.

QUI IL EST : non pas un super guérisseur, mais un SAUVEUR !

Celui qui guérit de toutes les paralysies du corps et de l’âme  (de l’esprit et du cœur)
Paralytiques, aveugles, morts : il le peut, mais il peut plus !
PUISQU’IL EST QUI IL EST ! "Je suis la Lumière du monde. Celui qui marche à ma
suite ne marche pas dans les ténèbres".
ET QUI EST-IL À BETNANIE ? : "Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra".

3. Jésus dit "Lazare, viens dehors !"
Vie nouvelle, neuve, autre : non seulement parce qu'à la fin de notre existence, Il nous fera vivre pour toujours, mais parce que, tout au long de notre existence, Il nous fait vivre vraiment, vivre à plein !



Oui, Jésus continue de crier : "Viens dehors ! Relève-toi".
C'est à nous aujourd'hui que ce cri s’adresse !
A tus les Lazare du monde qui sentent déjà !
C'est à moi qu'Il crie aujourd’hui.
Nous sommes empêtrés dans les bandelettes de l’égoïsme et de l’orgueil, nous sommes ficelés comme le saucisson de la culpabilité.

Ce sont trois choses qu'il ne faut pas tenir secrètes.
Ça ne se garde pas pour soi ! ça se divulgue, ces choses-là ! Il faut que ça se sache !

Maintenant à nous de savoir seulement si nous sommes prêts à vivre, à mourir et à vivre

avec Lui, par Lui et pour Lui !