mercredi 17 août 2011

Le chemin de l’impossible

Le chemin de l’impossible

21 Août
21ème DTO

Textes
-         Is 22, 19-23
-         Ps 137, 1-2a.2bc-3.6 et 8bc
-         Rm 11, 33-36
-         Mt 16, 13-20


C’est l’une des premières questions jamais posées aux siens les plus proches par Jésus : « POUR LES GENS, QUI SUIS-JE ? ». Il devait bien se demander ce que ses compagnons pouvaient bien entendre sur son passage. Cela, sans l’inquiéter (encore que…), devait bien le préoccuper un peu,  si tant est qu’il avait une mission, et que cette mission, il n’avait pas l’éternité pour la mener à bien : puisqu’elle devait se passer sur terre !



Pour les gens que nous connaissons nous-mêmes, que disent-ils de Jésus qu’en principe le chrétien reconnaît comme l’envoyé et le fils de dieu soi-même !
Oui, que dit-on de Jésus autour de nous : à l’école ? au lycée ? au travail ? en famille ? entre amis ?
Que dit-on de Jésus ? Rien peut-être?...
Pas possible !
Oh ! Alors ! Si nous n’entendons jamais prononcer le nom de Jésus autour de nous…, C’est déjà une réponse…


C’est donc que Jésus est le grand absent, celui dont on ne parle pas, auquel on ne fait jamais allusion… jamais référence.
Celui qui n'est pas là...
Nous le savions déjà. C’est donc bien vrai : l’indifférence est bien la première religion de France… De France seulement ?
Vous imaginez le défi que cela constitue pour l’Eglise et sa « plus grande fille » !

Quand l’indifférence règne, comment donner le goût de croire ?... Comment offrir la chance de croire ?

Jésus ne laisserait-il pas tout le monde indifférent ?
Les medias vont/ont rapporter/é que des centaines de milliers (un ou deux millions - ?! - de « jeunes » et de « moins jeunes » seront/se trouvaient[1] à Madri(d) ! Evènement intéressant ! JPII lance l’ « affaire », BXVI ne peut que suivre… sinon, où va-t-on ?
Supposons (pourquoi pas ?) que beaucoup de ces « pèlerins » new style de tous les âges, soient sinon des « croyants », au moins pour la plupart, en tout cas, des « chercheurs de Dieu », comme on a baptisé « les indécis devant l’Eglise Catholique Romaine ». Quand on aime à rapporter ce qu’ils en disent – retour chez eux -, les commentateurs religieux ont un vocabulaire très diplomatique, très romain : les « jeunes » auraient "une parole en liberté et pourtant en fidélité" !
Ce « et pourtant » « en dit bien plus qu’il n’est gros », diraient les Femmes Savantes…


C’est comme les cafés philo : pourvu que les participants aient prononcé un mot - même si c’est n’importe quoi !-, l’animateur (et les autres ?) se réjoui(ssen)t parce que « un tel » a « parlé » !

JMJ & JO : même combat? L’essentiel est donc de participer !?
Eh bien, si c’est comme ça, alors il n’y a qu’à « faire Eglise universelle » tous les 4 ans ! Les anciens grecs de l’amphictyonie l’avaient « institutionnellement » bien compris : célébrer la paix une fois tous les 4 ans, suffisait amplement pour « rendre grâce aux dieux » (eucharistein) et à se reposer  (repos dominical) des guerres intestines permanentes (création, décréation, recréation)... qu'on reprendrait sitôt la clôture !

Dis-je que ce sera la seule voie ? Non ! Les « maison sont multiples chez Dieu » ! (Multas mansiones apud Deum). Heureusement!
A la question : « Que dit-on de Jésus autour de vous ? », certains hebdomadaires chrétiens, occasionnellement, rapportent de « sublimes » réponses ! Sub-limes justement, car elles dépassent (sub) le seuil (limes) du tout venant, de l’homme de la rue, de vous et de moi en définitive !

Ø     Quand ce couple de viticulteurs déclare :
« Nous n’aurons jamais trop de notre vie entière pour remercier Jésus de nous avoir fait connaître le vrai visage de Dieu et de nous donner la force de remplacer la vengeance par le pardon et l’amour ».
Ø     Un cadre de 40 ans : « Je demande à être baptisé. Je me tourne vers Jésus car il est celui qui a prononcé, il y a 2000 ans, des paroles inouïes et je sais que rien ne peut être dit de meilleur ».
Ø     Un enfant de 8 ans : « Jésus, il aime tout le monde, même les voleurs. »
Ø     Ou une mère de famille : « Marie-Madeleine avait vu juste, au matin de Pâques, en prenant Jésus pour le jardinier, car il en a l’entêtement, la patience, la délicatesse, l’indéracinable espérance, la moindre pousse, la plus fragile, le mobilise tout entier. Regardez le s’émouvoir, prendre du temps, se compromettre avec des « moins que rien », avec des « pas grand-chose », une samaritaine, une pauvre veuve, un publicain Zachée, une femme adultère, un pauvre larron. Que serions-nous devenus mes amis, si Jésus n’était pas passé par là ! »
Ø     Ou enfin ce prêtre enfin qui raconte qu’il a reçu en début d’année une lettre de vœux : « Bonne reprise et merci à cause de votre « faible » pour Jésus ». Il ajoute : « En effet, j’ai un faible pour Jésus et il me semble que d’année en année, ce « faible » devient de plus en plus fort. »
Bien sûr que l’on pourrait continuer…

Mais – me semble-t-il -, l’intérêt de la question de Jésus réside dans le fait qu’elle se pose à propos de ce que pensent ceux qui ne le suivent pas. Et
- pas forcément ceux qui savent le mieux parler,
- pas forcément ceux qui disent le plus de choses,
- pas forcément les endroits religieux les mieux étiquetés.
La réponse de ceux - des centaines de millions d’hommes et de femmes,  des 6 milliards -,  à travers le monde qui donnent leur réponse (quelle réponse?) dans la vie de tous les jours, à la maison ou au travail, comme dans les mille dévouements qui soutiennent les grandes causes.

Il y a des choses que l’on ne ferait pas pour un million de dollars ! « Moi non plus ! » dira-t-on ! Ce que l’homme ne ferait pas pour de l’argent, même beaucoup d’argent, Jésus l’invite (INFORMELLEMENT) à le faire par amour !

*       *

*

La deuxième question de Jésus « POUR VOUS, QUI SUIS-JE ? » a du retentir si fort que les mouches de Césarée de Philippes ont dû elles-mêmes arrêter de voler et faire silence pour entendre la réponse des douze compagnons !
Un silence éloquent fut la seule réponse !
Et ce n’est pas moi qui vais le leur reprocher !

Parce que la réponse dogmatiquement hyper correcte de Simon/Pierre :


Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant

fut rédigée après 2 ou 3 générations (années 80) par la Communauté Primitive (Jérusalem puis Rome) - qui depuis les années 40/50 a quitté la Palestine pour la capitale de l’empire, et -, a eu le temps de voir les coreligionnaires juifs de la diaspora la rejeter : les judéo-chrétiens encore là, et les pagano- chrétiens qui deviennent de plus en plus nombreux ont alors récupéré légitimement ce qui leur revient
-         du dieu qui s’est révélé à Israël  (le Dieu Vivant)
-         de son envoyé (le Christ / Messie qu’ils reconnaissent en Jésus de Nazareth = là est le 1er point de rupture définitive)
-         et dont ils font la 2nde Personne – le Fils de Dieu -, de la Trinité avec l’Esprit (2nd point de rupture définitive)

Nous avons ainsi affaire à une anticipation définie du futur - ou un futur anticipé - dans le récit de l’histoire : au choix ! Ce qui amène Matthieu (16,16) à attribuer à Jésus - dans les années 80 - une formule de fondation adressée au Chef, Pierre,  de l’Eglise naissante

Tu es Pierre et sur cette « pierre » je bâtirai mon Eglise !

Why not ?

Mais de même que jadis à une telle question les apôtres auraient pu répondre par un simple et merveilleux aveu d’amour de Jésus : Toi qui sais tout, tu sais bien que je t’aime !, nous-mêmes sommes invités PERSONNELLEMENT  à donner notre réponse ?

Tu es chrétien, tu portes mon nom, qui suis-je pour toi ?

Est-ce que je compte pour toi ?
Qu’est-ce que je représente pour toi ?
Qui est Jésus pour moi qui suis prêtre ?
Pour vous, qui, en ce moment, vivez peut-être des semaines éprouvantes ou bien, au contraire, vous qui avez la chance d’être comblé de bonheur ?
Ou qui êtes à Madri(d)…

Ah, le silence !
Personne ne peut répondre à notre place : ni le catéchisme, ni la théologie, ni le Pape…Ni Madri(d)…
Cela ne relève pas du registre sentimental. La foi n’est pas de cet ordre-là !
Ni non plus registre intellectuel. Tout le monde n’est pas théologien !

Le fils d’un dieu vivant attend une réponse vitale : CAD "des paroles et des actes" (c'est le sens du mot hébreu 'dabar')  montrant une vitalité de vie
·        un chemin… même au-delà de la mort,
·        un pardon… même au-delà du tolérable,
·        une espérance … même au-delà de l’échec :
·        au-delà du bien et du mal,
-         non pas sous forme de « nihilisme » (à la Nietzsche),
-         mais dans un élan de vie telle que tout ce qui est même « du lait de la tendresse humaine » (Shakespeare = the milk of human kindness) devienne insuffisant !
Plus d’insupportables discours, mais en acte et en vérité.

Camarades, vous vous rappelez ce que nous écrivions (j’en étais !) sur les murs de la Sorbonne en 68 :

Soyez réalistes, exigez l’impossible !

J’ai l’impression que c’est quelque chose comme ça !

… Mais je me trompe certainement, car je vois que l’Eglise – à la différence patente de son maître -, ne sait aller que le chemin des possibles !



[1] J’écris le vendredi 5 août

jeudi 11 août 2011

LE CIEL A UN COEUR

LE CIEL A UN COEUR

15 Aout
Assomption

Textes
-         Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab
-         Ps : 44, 10bc.11.12ab.16
-         1 Co 15, 20-26
-         Lc 1, 39-56


La fête de l'Assomption est un jour de joie : car Dieu a vaincu, l'amour a vaincu, la vie a vaincu.
L'amour est plus fort que la mort : Dieu possède la véritable force : une force qui est à la fois  bonté et amour.



Depuis que Marie a été élevée au ciel, corps et âme, nous savons qu’il y a une place en Dieu,
-         non seulement pour l’immatériel de l’âme – voilà qui n’est pas surprenant et ne nécessite qu’une compréhension « logique », même sans adhésion ! -,
-         mais aussi pour le matériel de la chair ! Comment ? Voilà qui exige la démarche de la foi qui dépasse la logique et la raison pratiques !

« Le ciel » n'est plus pour nous un domaine « très » éloigné et inconnu : ce n’est plus un « domaine réservé !
De plus, nous y avons désormais une mère, la Mère de Dieu lui-même, la Mère du Fils de Dieu, notre Mère selon ce que Jésus lui-même est rapporté avoir dit à Jean : "Voici ta Mère!". Le ciel a un coeur.

Le Magnificat, cette grande poésie, est un portrait, une véritable icône de Marie et où se reflète toute sa personnalité
La 1ère parole : « mon âme "magnifie" », fait affirmer par Marie, fille des hommes, ce désir que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans la vie de chacun, soit présent parmi nous tous. Les hommes n’ont pas à avoir peur que Dieu puisse être un "concurrent" dans notre vie, qu'il puisse ôter quelque chose de notre liberté, de notre espace vital, quelque grand qu’il soit ! Cette parole affirme que si Dieu est grand, nous aussi, nous sommes grands. Notre vie n'est pas opprimée, mais élevée, élargie augmentée : ce n'est qu'alors qu'elle devient grande dans la splendeur de Dieu.
Le péché est là : un Dieu trop grand pourrait ôter quelque chose à notre vie. Alors mettons-le de côté pour avoir de la place pour nous-mêmes, et, pourquoi pas, toute la place !


La grande tentation de l'époque moderne, des trois ou quatre derniers siècles, a souvent suivi cette dérive, estimant que "Dieu ne nous laisse pas notre liberté, et rend étroit l'espace de notre vie avec tous ses commandements. Dieu doit donc disparaître; nous voulons être autonomes, indépendants. Sans ce Dieu, nous serons nous-mêmes des dieux, et nous ferons ce que nous voulons".  Les mythes, depuis l’Eden et Babel jusqu’à Zarathushtra et Big Brother  ne cessent de raconter, à l’endroit et à l’envers, la même parabole que, précisément et paradoxalement, c’est en vertu même du fait d'être en relation avec (un) Dieu, que l’homme est "libre". Rompre, s’en éloigner, c’est se rendre esclave de tout ce que l’homme met à la place de Dieu, c’est consumer la substance de sa vie et courir à la ruine…

Si être moderne, c’est mettre Dieu de côté pour acquérir une autonomie d’autosuffisance (nos seules idées, notre seule volonté, faire ce que bon nous semble sans que personne ne nous donne aucun ordre), c’est ne pas vouloir voir là où Dieu disparaît, que l'homme ne devient pas plus grand et qu’il perd au contraire sa dignité proprement divine, la splendeur même de Dieu sur son visage.  A la fin, l’homme n'apparaît plus que le produit d'une évolution aveugle ou d’un déterminisme historique, et, en tant que tel, il peut être utilisé, instrumentalisé, usé, abusé et remisé…
L'expérience de notre époque le confirme chaque jour dans les scandales surmédiatisés du pouvoir, du sexe et de l’argent, nouvelle Trinité de mort, qui comme un Baal saturnien, dévore ses propres enfants



 Ce n'est que si Dieu est grand que l'homme est également grand.

Avec Marie, nous devons commencer à le comprendre.

Rendre Dieu présent, faire en sorte qu'Il soit grand dans notre vie, c’est en quelque sorte nous diviniser, car alors nous revient en partage toute la splendeur de la dignité divine. C’est pourquoi il est si important et terriblement urgent que Dieu soit grand « au milieu de nous » (uper hémon = Luc), dans la vie publique et dans la vie privée, pour que nous poussions suivre une orientation, une route commune. Nous constatons bien qu’autrement les différences deviennent inconciliables, car alors n'existe aucune véritable reconnaissance de notre dignité commune.

Laisser chaque jour un espace à Dieu dans notre vie publique et privée ! Réserver le temps de Dieu ! On peut rêver ! Ce le fut un temps par la force ! Il est plus difficile de le faire par adhésion libre ! Au travail, donc !



Comment, comme la Marie que le peuple a chantée, être « chez soi » - pour ainsi dire -, dans la Parole de Dieu ? Vivre de la Parole de Dieu, c’est d’abord la connaître ! En être pénétrée, c’est parler et penser avec les paroles de Dieu, et en faire ses propres paroles, en être imprégné : en somme, devenir familier l’un de l’autre !
Comment, comme la Marie que le peuple a chantée, être illuminé par la lumière intérieure de la sagesse ? Peut-être que penser avec Dieu, c’est  penser « bien », et parler avec Dieu, c’est  parler « bien », c’est acquérir des critères de jugement valables pour toutes les choses du monde. C’est devenir savant, sage, et, dans le même temps, bon. C’est enfin devenir fort et courageux, par la force même de Dieu qui résiste au mal et promeut le bien.

Parlons avec Marie ! Entrons avec elle dans le grand "temple" de la Parole de Dieu, et avec elle, apprenons à l'aimer !

Ainsi l’Eglise affirme que Marie est élevée corps et âme à la gloire du ciel, et, avec Dieu et en Dieu, elle est Reine du ciel et de la terre.
Ces paroles ronflent un peu ! Mais comment dire les choses qu’on ne peut prouver sauf dans l’adhésion de la foi : CAD ensemble, du cœur et de l’esprit ?

C’est de "de l'intérieur" que le choses se vivent : beaucoup de nos contemporains sont devenus sourds et muets parce qua la vie qu’ils mènent a fini par les vider de toute substance personnelle et de toute  sensibilité à l’immatériel ! Quand on leur parle des choses de a terre, ils y croient peine, comment pourraient-ils croire ceux qui leur racontent le choses du ciel ?

mardi 9 août 2011

A TOUS LES "GODBLOGGERS"... ET AUX AUTRES....


Chers amis « Godbloggers » !
Bonjour !
J’ai donc lancé ce GODBLOG il y a quelques temps (2010).

Déjà plus de 80 homélies ont été mises en ligne chaque semaine.
Voici pour votre information un état de fréquentation :

1.   Pages vues par pays en 1 mois dans le monde

o       France 20
o       Canada 29
o       Etats-Unis 20
o       Belgique 13
o       Algérie11
o       Russie 9
o       Suisse 8
o       Allemagne 7
o       Maroc 7
o       Royaume-Uni  6                                                                                                

&

2.    Nombre total de pages vues : 7557

3.    LES 10 Messages les plus consultés

1.       La vie…
4.       Chrétiens ? Païens ?
6.       Le siècle de fer
10.   Intimissime


Je sais : cela est encore bien peu devant l’immensité du monde !
Mais en coinsidérant que nous ne sommes « à PEINE » 100 MILLIONS à parler et à lire le français dans ce monde, cela m’a l’air de n’être pas trop mal après deux petites années d’existence !

MA DEMANDE EXPRESSE EST LA SUIVANTE :

Vous, chers bloggers, qui avez découvert ce site, et qui l’appréciez,
Faites le connaître à vos amis et à vos proches !
Organisons un réseau de lecteurs : cela dépend de vous, de chacun d’entre vous !
Moi j’écris et je mets en ligne :
  • je jette les filets !
  • mais c’est vous qui deviendrez les pêcheurs dans toutes les mers du monde !

Sachez d’autre part que mon site www.toccoli.org
  • est visité lui aussi 600 fois/jour et que
  • l’on en feuillette plus de 14000 pages/semaine

 Sachez enfin que je suis en train, de lancer un dernier site pour rendre accessibles la spiritualité et la foi, dans un langage et avec des préoccupations contemporains : il s’agit de

Ø      NB : il suffit de cliquer sur le lien pour y accéder : ESSAYEZ !



A bientôt sur Godblog !
Votre fidèle VP

dimanche 7 août 2011

Chrétiens ? Païens ?

Chrétiens ? Païens ?

14 Aôut
20ème DTO


Textes
-         Is 56, 1.6-7
-         Ps : 66, 2-3.5.6 et 8
-         Rm 11, 13-15.29-32
-         Mt 15, 21-28


S’il y a un leitmotiv dans la prédication  du rabbin galiléen itinérant – qu’était ce Jésus de Nazareth -, c’est que ceux qui étaient le plus loin géographiquement et traditionnellement de lui  - ici la cananéenne de la région de Tyr et de Sidon, un autre jour ce sera un centurion  romain ! -,   aient été ceux qui se sont trouvés les plus proches de sa parole, de son enseignement et finalement du Dieu qu’il annonçait à qui voulait l’entendre !
Il faudrait dire : à qui pouvait l’entendre ! Car il semble s’agir plus de « capacité de réception » que de compréhension ! Le problème semble « neuronal » !
Et en plus dans ces deux cas, ce sont des ennemis païens : des polythéistes sanguinaires[1] ou des occupants ! Comme quoi !


Jésus est clairement entré en territoire païen pour des raisons difficiles à clarifier - bien que de manière évidente il cherche l'anonymat et au moins provisoirement, un éloignement des foules qui l'ont entouré constamment. En dépit de son désir de « repos » (quies, dit pour un retraite !), le voici abordé par une païenne qui en raison même de son importunité introduit la question du salut: Jésus l'apporte-t-il pour les juifs seulement ou également pour les païens et le reste de l'humanité?
Quelle langue ont-ils utilisé pour cet échange on ne peut plus vif ? Grec ? Araméen ? Hébreu ? Grandi en Galilée – le carrefour des nations -, je ne vois pas pourquoi il n'aurait eu aucune connaissance du Grec, même s’il parlait araméen dans la rue et hébreu à la synagogue.

- Laisse d'abord se rassasier les enfants; car il n'est pas bon de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens.

1.     Les enfants sont donc les juifs,
2.     les chiens sont les païens,
3.     le pain est le salut apporté par Jésus.
En tout cas, en la circonstance, ce n'est pas Jésus qui a le dernier mot, mais plutôt la Syro phénicienne ! C'est comme si le jugement de Jésus sur "ce qui est juste" était censé évoquer l'expression offerte en réponse:

- Il y a des miettes restées du pain mangé par les Juifs à qui le salut a été offert et qui ne sauraient être écartées des enfants des Païens.

Il est impératif de resituer la parole de la femme dans le contexte du surplus collecté par les disciples lors de la multiplication des pains au ch. 6. Car si le trajet décrit ici semble quelque peu « étrange » parce qu'il va au nord du secteur de Tyr à Sidon et puis en arrière jusqu' au sud-ouest vers la Décapole[2] : c'est évidemment dans l'intention de Jésus de rester strictement en territoire Païen pour l'instant.



Ce que les Évangiles nous disent de l’attitude si positive de Jésus envers les païens a donc pu être influencé  par les premières expériences de rencontres entre les disciples de Jésus d’origine juive et  les païens voulant devenir chrétiens après l’abandon de la Terre d’Israël pour rejoindre la capitale de l‘empire : Rome.
Autrement dit :
-         est-ce l’attitude « naturelle ou volontaire » de Jésus que nous rapportent les évangiles,
-         ou bien la nécessité des disciples en diaspora leur fait-elle présenter un  Jésus si proche des païens ?

Au temps de Jésus, les Juifs divisaient la société en deux clans : le peuple juif qui était le peuple choisi par  Dieu, celui qui avait accueilli ( ?!)  son enseignement (la Tora),  et les autres peuples (les  goïms) qui avaient d’autres dieux.   
Les Évangiles – rédigés entre 70 et 100 environ, remarque-t-on -, sont unanimes à situer l’essentiel de la prédication et de l’action de Jésus dans la province de Galilée. Il est vrai que c’est là que Jésus a vécu sa jeunesse, mais on  pourrait penser que son action aurait dû privilégier Jérusalem, le cœur de la vie juive. La
Galilée était en effet un monde où juifs et non juifs étaient mêlés. Son surnom était donc la  Galilée des peuples.



Ce choix de la Galilée mettait donc Jésus constamment en contact avec des païens.

Luc en a même fait comme le discours inaugural de la mission de Jésus : le choix d’Israël comme peuple de Dieu ne signifie pas une exclusivité. En effet dans le passé, Dieu a parfois choisi des païens plutôt que des Juifs pour apporter réconfort et guérisons (Luc 4, 25-27). On se souvient que cela provoquera la fureur des gens de Nazareth.  Et Luc – clever boy ! -,  fait de cette réaction le prélude de l’opposition de certains Juifs à Jésus qui iront  jusqu’à vouloir sa mort.

Ainsi, même si, d’après Matthieu (10,5), Jésus a demandé à ses ‘missi dominici, ses Envoyés’ de ne pas aller chez  les païens ni les Samaritains, les évangiles, eux, nous rapportent que Jésus parcourait les  territoires païens, opérant plusieurs guérisons[3] ! Pour aller de la Galilée vers Jérusalem, Jésus ne craignait pas de passer par la Samarie, une province considérée comme hérétique  par les Juifs orthodoxes de Judée[4]. Enfin, même si l’on ne rapporte pas de repas pris avec des païens, les évangiles montrent que Jésus s’assoit à la table des publicains : or  ces collecteurs d’impôt sont des gens qui collaborent avec les Romains et sont donc considérés comme impurs. Il semble même  qu’on les assimilait aux païens (Matthieu 18,17).

Les remarques de Jésus sont alors autant de « piques » à l’égard de ses coreligionnaires.

À plusieurs reprises, en effet, ne souligne-t-il pas qu’il a trouvé chez des païens une foi plus grande que  chez ses compatriotes, allant même jusqu’à dire que des païens partageront le repas dans le  Royaume alors que des Juifs resteront dehors : «On viendra de l’est et de l’ouest, du nord  et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu» (Lc 13,28-29). 

Assez de démonstration !

Ma terrible question aujourd’hui est la suivante :
pour reconnaître en Jésus, le Christ et le Fils de Dieu, est-il plus facile quand on est  païen ou quand on est catholique romain ?
Autrement dit,
-         être coreligionnaire du Système Eglise Catholique Romaine
facilite-t-il ou rend-il plus malaisé de
-         devenir disciple du maître de la Bonne Nouvelle ?

Pour Jésus, il apert que le peuple de Dieu ne peut se confondre avec le  seul peuple juif. Des gens de  tous les peuples peuvent devenir le peuple de Dieu et  accomplir son rôle dans le monde.
Ø     C’est donc que le peuple de Dieu est distinct du Royaume et que celui-ci accueillera tous  ceux qui auront vécu selon la règle de la bonté, qu’ils aient ou non connu Dieu et son  Envoyé : Jésus.

C’est ce que traduit très clairement la parabole du jugement dernier en
Matthieu :
Quand le Fils de l’homme viendra dans sa  gloire… devant lui seront  rassemblés tous les peuples…
-         ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le  Royaume… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger’…
-         ‘Seigneur, quand nous  est-il arrivé de te voir affamé?’...
-         ‘Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’» (Matthieu 25,31 et ss)

Si donc la réalisation du royaume est la fraternité de tous les humains qui s’accomplit par la  bonté inconditionnelle et le pardon, le peuple de Dieu peut être envisagé comme un  laboratoire où les disciples de Jésus s’entraident pour

apprendre à aimer comme le Père  par la force de son Esprit.

«Mon Père m’a donné  un précepte : quoi commander et  prêcher. Et je sais que son précepte est vie d’éternité» (Jn 12,49-50).

Ce précepte n’est autre apparemment que d’

aimer de bonté inconditionnelle
dans l’espérance que cette bonté qui est pardon
transforme les humains.

Jésus le dit aussi par cette autre formule : «Vous êtes le sel de la Terre… vous êtes la  lumière du monde.» (Mt 5,13-14)[5].
-         Si Jésus peut partager le pain avec les pécheurs et les ‘impurs’, c’est son amour est plus fort que le mal.
-         Demander à ses  disciples d’être sel de la Terre, c’est leur demander d’être comme le ciment de l’unité du peuple de Dieu.



La Terre est ici le symbole de ces lieux, de ces milieux où l’amour de  Dieu règne. Si ces milieux sont des communautés vivantes de l’amour du Père, alors elles  seront lumière pour le monde, pour l’humanité toute entière.

Chrétiens ? Païens ?
Dis moi comment tu aimes,
je te dirai qui tu es !














[1] Dans les ruines des “hauts lieux” de la civilisation cananéenne, les archéologues ont trouvé de nombreuses urnes contenant les restes d’enfants sacrifiés à Baal et un nombre incalculable de sculptures et de plaques gravées représentant Aschtoreth (Astarté) dotée d’organes génitaux hypertrophiés de façon obscène, tous objets destinés à exacerber la sensualité. Les Cananéens adoraient leurs dieux en pratiquant devant eux des actes immoraux qui avaient valeur de rite religieux, et en assassinant leurs premiers-nés, qu’ils offraient en sacrifice à ces mêmes dieux. - Dans le livre de Josué, le pays de Canaan fait l'objet de la conquête et du partage du pays par les Hébreux (vers le xiie siècle av. J.‑C.).
[2] La Décapole en effet  - du grec deka (dix) et polis (cité) -, désigne dix villes principalement situées à l'est du Jourdain, qui se regroupèrent en une ligue. Certaines apparaissent en  Mt 4. 25, Mc 5. 20,  Mc 7. 31 : Damas (Syrie), Philadelphia (Amman, Jordanie), Gadara (Umm Qeis, Jordanie), Pella (Tabaqat Fahil, Jordanie), Gerasa (Jerash, Jordanie)
[3] Guérisons de la fille d’une cananéenne (Mc 7,24 et ss), du serviteur du centurion (Lc 7,1-10), du démoniaque gérasénien (Lc  8, 26 et ss), du lépreux samaritain (Lc 10,29). 
[4] Il demandera même de l’eau  à une femme de Samarie au  grand étonnement de celle-ci : «Comment! Tu es Juif et tu me demandes à boire à  moi, une Samaritaine» (Jn 4,9). Dans la parabole du bon Samaritain (Lc 10,23-37) il montrera que c’est avant tout la miséricorde qui rend pur et proche de Dieu.
[5] On sait que le sel, dans la Bible, est ce qui scelle toute  alliance. Partager le pain et le sel, c’est sacraliser l’amitié.